Le lait protège-t-il de l’hypertension ?

Lait hypertension

La transformation, la pasteurisation, l’homogénéisation, les pompages, etc., dénaturent de nombreuses composantes du lait selon plusieurs recherches scientifiques. Malheureusement il en résulte des conséquences fâcheuses pour la santé — ce que minimise le milieu scientifique. C’est comme si on prenait la compote pour la pomme fraîche.

Des perceptions surprenantes

Pour le milieu scientifique, le lait transformé apporte des bienfaits pour la santé équivalents à ceux du lait ancestral, une conclusion déduite sans vérification car on refuse de le comparer au lait cru qu’on déclare impropre à la consommation. C’est fondamental, une vision aussi idyllique du lait transformé change la conduite des recherches. Voici comment les choses se passent dans le cas de l’hypertension.

Des apparences particulièrement trompeuses

Le fait majeur du dossier lait-hypertension est que plusieurs études épidémiologiques bien menées montrent que les personnes atteintes d’hypertension consomment moins de lait (1). À première vue, cela accrédite l’hypothèse à l’effet que la prise de lait protège de l’hypertension.

Toutefois, il suffit de scruter les mêmes analyses de synthèse sur le sujet pour constater qu’il n’existe aucune étude montrant qu’un surplus de lait ait pu corriger la tension artérielle d’individus atteints d’hypertension. On n’a rapporté d’action hypotensive du lait que chez des normo-tendus. De plus, cet effet est limité. Je me surprenais de ces données déjà en 1993, car je documente les effets du lait transformé depuis plus de 20 ans. Et toujours rien de nouveau aujourd’hui : après plus de 35 années de recherches intensives sur cette hypothèse, on n’a toujours pas pu produire une seule étude montrant qu’un surplus de lait corrige l’hypertension (1).

Hypothèse : un rapprochement avec l’intolérance au lactose

Y aurait-il un biais ? Les scientifiques ne sont pas suffisamment portés à le chercher, croyant sincèrement en « leur » lait avec certitude. Alors, pourquoi les hypertendus consomment-ils moins de lait, cela malgré une longue tradition et des recommandations officielles insistantes en faveur du lait – précisons ici, transformé ?

Les hypertendus auraient un comportement comparable à celui des intolérants au lactose. On rapporte que, même s’ils ignorent leur condition, les intolérants au lactose réduisent spontanément leur consommation de lait (2). Pourquoi ? Il se ferait chez eux une association inconsciente entre la prise de lait et leurs malaises répétitifs, surtout digestifs, tout au long d’une longue histoire de consommation de lait.

Les symptômes de l’intolérance au lactose étant associés au lait, la suggestion d’en consommer plus ne tient pas la route. Il semble que des individus, souvent peu portés au lait, en ressentent des malaises qu’on ne répertorie pas – faibles nausées, goût désagréable dans la bouche, sensation de malaise général indéfinissable, etc. – ce qui les inciterait inconsciemment à la longue à freiner leur consommation de lait comme le font les intolérants au lactose. Les hypertendus auraient le même comportement.

Ça se complique : la DASH Diet, un effet hypotenseur non mérité du lait

Élaboré en 1997, le régime « Dietary Approaches to Stop Hypertension », ou DASH Diet, a soulevé un fort engouement. Ce régime enrichi de lait s’avère effectivement efficace à contrer l’hypertension comparé au régime typique des États-Unis et même deux fois plus efficace qu’un régime dit « riche en fruits et légumes » (3). Mais le tableau change considérablement à y voir de plus près.

Cette étude montre que le régime « riche en fruits et légumes » réduit la tension artérielle comparativement au régime typique des États-Unis à cause des aspects suivants : fruits et légumes en nette augmentation, quantité réduite de viandes, ainsi que de grignotages et sucres, soit beaucoup moins de gras saturés, sel, sucres et additifs de toutes sortes.

La DASH Diet va encore plus loin : comparativement au régime « riche en fruits et légumes », elle comporte 33 % plus de légumes (4 portions contre 3), 66 % plus de poisson (0,5 portion contre 0,3), 3,5 fois moins de « bœuf, porc, jambon » (0,5 portion contre 1,8) et 50 % moins de « grignotages et sucres »  (0,7 portion contre 1,4). On y ajoute deux portions de produits laitiers, il y a réduction de la tension artérielle et ça passe pour un effet du lait. L’effet DASH Diet est un effet non mérité du lait.

La DASH Diet n’avait pas été élaborée pour démontrer les avantages des produits laitiers, mais comme régime simple et efficace de lutte contre le syndrome métabolique. Elle est efficace contre l’hypertension et d’autres aspects du syndrome métabolique, et aurait probablement été aussi efficace sans lait. Groupés avec les études épidémiologiques associant le lait à la réduction de l’hypertension, ces résultats sont vus comme une démonstration scientifique convaincante, ce qui n’est pas le cas.

Il en est de même de bien d’autres des supposés avantages pour la santé du lait transformé : ce lait ne rend pas la marchandise. Les nombreuses destructions que causent les transformations au lait sont impressionnantes et justifient les doutes. Cette vision sera un des aspects de deux conférences que je présenterai à l’Expo manger santé, l’une à Montréal, l’autre à Québec, en mars 2014. Titre provisoire : Pourquoi je défends le lait ancestral.

Pour d’autres informations sur le lait : www.bonlait.com

Références
1- Ralston, RA et coll, 2012, J. Human Hypertension 26 : 3-13.
2- Newcomer, AD et coll, 1978. Annals Internal Med. 89 : 218-220.
3- Appel, L.J. et coll., 1997, New Eng J Med, 336 : 1117-24.
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Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

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