La Coalition pour la souveraineté alimentaire

La Coalition pour la souveraineté alimentaire

L’Association Manger Santé Bio est l’une des organisations fondatrices de la Coalition pour la souveraineté alimentaire. Aujourd’hui, cette participation vieille de 4 ans mérite d’être rappelée et les travaux de la Coalition présentés à nos membres.

Qu’est-ce que la Coalition pour la souveraineté alimentaire ?

L’acte de naissance de la Coalition est en quelque sorte la Déclaration de Montréal, signée par 42 organisations de la société civile du Québec et du Canada au terme du premier Rendez-vous québécois pour la souveraineté alimentaire, le 7 septembre 2007, et envoyée le jour-même à la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ), à son dernier jour d’audience.

L’annonce de cette commission a été d’ailleurs l’élément déclencheur de l’alliance dont fait aujourd’hui partie l’AMSB et 83 autres organisations. Tâchant d’influencer les 3 commissaires de la CAAAQ, sept organisations (Équiterre, Coopérative fédérée, UPA-GO5, CSN, Desjardins, UPA Développement international, Fédération des coopératives d’alimentation du Québec) convenaient à la fin 2006 de revendiquer quelque chose d’utile à toutes leurs demandes respectives.

Inspirées par la Déclaration de Nyéléni (Mali, fév. 2007) soutenue par les quelque 500 représentants d’ONG de 80 pays, déclaration revendiquant la souveraineté alimentaire des peuples, ces 7 organisations promotrices du premier Rendez-vous québécois ont tôt fait de comprendre et de constater qu’ailleurs aussi, les mêmes problèmes agricoles et alimentaires avaient inspiré la société civile à revendiquer ce droit des peuples à leurs propres politiques alimentaires et agricoles, sorte de contrepoids au libéralisme. C’est donc autour de ça, la souveraineté alimentaire, qu’elles se sont entendues et rejointes pour une action militante commune auprès du gouvernement québécois, dans le contexte de la Commission Pronovost (CAAAQ).

Aujourd’hui composées de 84 organisations du Québec, de l’Ontario ou pancanadiennes, la Coalition travaille sans relâche au choix et à la mise en œuvre d’un contrepoids efficace dont les États du monde pourraient se doter pour contrecarrer ce libéralisme alimentaire. À défaut de se sortir de l’OMC ou d’autres instances commerciales multilatérales, un geste qui apparaît politiquement très improbable pour ses pays membres, la Coalition privilégie plutôt l’approche du contrepoids. Inspirée par la démarche semblable faite par l’industrie de la culture il y a 14 ans, riche d’un séminaire (novembre 2010) organisé sur la question des instruments de gouvernance internationale des systèmes alimentaires et d’un autre en septembre 2011 sur le droit de la sécurité et souveraineté alimentaire et des travaux de son comité d’experts juristes, la Coalition chemine résolument sur la voie d’un tel instrument.

Un réseau international

Sur le plan du réseautage avec l’étranger, la Coalition participe régulièrement aux échanges ayant cours au sein du « Mécanisme de la société civile » du « Comité sur la sécurité alimentaire mondiale de la FAO ». Ce comité a été modifié par l’ONU il y a quelques années, au plus fort de la résurgence de la crise alimentaire en 2008, pour y inclure 4 sièges réservés aux organisations de la société civile.

Ces organisations acceptent de travailler au sein du Comité en autant qu’elles puissent être en rapport constant et organique avec toutes les ONG du monde intéressées à participer au sein du « Mécanisme de la société civile » par lequel elles puisent leur légitimité. Ce Mécanisme organise à chaque année, en marge des rencontres annuelles de la FAO, des rencontres de la société civile. Les ONG participantes conviennent alors des positions que les 4 ONG prendront au sein du Comité mondial en leur nom. La Coalition a participé par le passé à deux rencontres de ce Mécanisme, à Rome.

Les questions prioritaires qui y sont débattues sont celles de l’accaparement des terres et de la gestion du foncier, du lien entre les ententes commerciales et la faim, de la spéculation sur les inventaires de denrées alimentaires et de la volatilité des prix, des investissements en agriculture, et d’un plan stratégique global. Son objectif ultime est d’éradiquer la faim, par la cohérence et la coordination des actions gouvernementales nationales et entre les instances onusiennes ou internationales, comme l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, le Programme alimentaire Mondial (PAM), le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), etc.

Ce travail sur le plan de la gouvernance internationale n’empêche pas la Coalition de travailler à sensibiliser les hommes et femmes élus de Québec et d’Ottawa sur le front des politiques nationales encore possibles, malgré le rapetissement de leur propre espace politique, abonné à l’autel de l’OMC. Elle revendique par exemple l’étiquetage obligatoire de la provenance des aliments, la règlementation de l’approvisionnement des supermarchés en aliments du Québec et du Canada ou dans les établissements publics, la fixation des prix au détail et à la ferme pour une sélection complète d’aliments de base provenant de nos territoires, etc.

Ce militantisme a pris notamment la forme d’une activité devenue récurrente, soit le « Petit déjeuner du bon goût de la gouvernance » auquel sont conviés annuellement les parlementaires de l’Assemblée nationale. Des représentations ont également cours auprès des différents partis politiques de l’Assemblée nationale et de la Chambre des communes afin d’influencer le contenu de leur plateforme électorale. En janvier dernier, la Coalition a présenté les grandes lignes de son Mémoire (Élaborer et chérir un contrat social d’interdépendance) devant les commissaires de la Commission sur l’agriculture, les pêcheries, l’énergie et les ressources naturelles (CAPERN), dans le contexte de l’adoption par le gouvernement du Québec de sa première politique alimentaire et agricole.

La Coalition invite d’ailleurs les citoyens à souscrire à quelques demandes formulées dans la « Lettre alimentaire citoyenne », à même son site web, en quelques étapes toutes simples.

Stratégie pour 2012

En 2012, la Coalition poursuivra son travail de positionnement en vue d’un contrepoids effectif à l’OMC. S’ensuivra une réflexion sur la promotion de ce contrepoids, à l’échelle internationale. La Coalition pourrait alors privilégier la stratégie d’un soutien à la mise en place d’autres coalitions semblables dans certains pays bien ciblés ou à coaliser celles qui existent déjà (il y en a plusieurs).

Pour élaborer un tel outil, la Coalition entend participer à deux séminaires de droit en 2012, sous l’égide du Programme Lascaux, un programme de recherche en droit de la sécurité alimentaire, regroupant plus de 100 juristes de par le monde. Elle animera aussi un atelier sur ce thème dans le cadre de la prochaine assemblée générale du mouvement mondial CIVICUS, à Montréal (septembre 2012).

Tout ce travail est rendu possible grâce au soutien et la participation des membres de la Coalition, dont l’Association Manger Santé Bio, que je remercie de tout cœur pour son engagement.

Frédéric Paré
fpare@nourrirnotremonde.org

Engagé depuis plus de vingt-cinq ans à la promotion de l’écologie, de la solidarité et de la justice pour les systèmes alimentaires, Frédéric Paré est coordonnateur de la Coalition pour la souveraineté alimentaire depuis novembre 2007.

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