Des pesticides dans votre assiette ?

Des pesticides dans votre assiette ?

Quiconque s’intéresse un tant soit peu à son alimentation sait très bien qu’on emploie des pesticides en agriculture, c’est-à-dire qu’on vaporise des poisons sur nos futurs aliments…

Cette sordide réalité, rarement la manchette ni l’objet de reportages fréquents, s’en trouve occultée au point qu’on en oublie la contamination de notre nourriture, préférant croire que, si ces substances sont autorisées par les instances gouvernementales, elles doivent être sécuritaires. Mais lorsqu’on creuse un peu la question, on comprend que la réalité est toute autre.

Une pratique répandue

J’ai été confronté à la dépendance de l’agriculture aux pesticides lors de 3 saisons passées dans la vallée fruitière de Creston de 1976 à 1979 alors que déjà on pulvérisait les pommiers avec 25 produits chimiques par année. Lorsque j’ai commencé à écrire sur l’agriculture industrielle au mitan des années 80, tout d’abord dans un livre intitulé Introduction au jardinage écologique puis dans des textes publiés dans le magazine Humus, j’ai découvert que le phénomène n’était pas exclusif à l’arboriculture fruitière, mais bien à toutes les productions végétales industrielles conduites sous la férule des sociétés agrochimiques transnationales, de moins en moins nombreuses et de plus en plus opulentes et obèses.

Bon an, mal an, ce sont 2,5 millions de tonnes de pesticides représentant une valeur marchande de 40 milliards de dollars qui sont appliquées sur les terres agricoles de la planète. Rien de bien surprenant à ce que ces sociétés adaptent par des manipulations génétiques les végétaux cultivés aux pesticides qu’elles produisent et qu’elles commercialisent, une stratégie leur permettant de maintenir en place un système de production d’aliments qui les sert. Un total de 134 millions d’hectares ont été établis avec des plantes transgéniques en 2009.

À l’époque de mes premiers écrits, mes références principales étaient les magazines Harrowsmith, Organic Gardening ainsi que les revues Humus et Les Quatre-Saisons du jardinage, cette dernière toujours publiée par Terre Vivante en France. J’ai aussi consulté les livres Pesticide Alert de Lawrie Mott et Karen Snyder ainsi que Invisible Additive de Linda R. Pim, traduit par Nos aliments empoisonnés. Ces ouvrages faisaient état des résidus de pesticides contenus dans les différents fruits et légumes sur le marché et de leurs effets sur la santé humaine.

Identifier les aliments à risque

Cet automne, je travaille à la réédition de La culture écologique des plantes légumières et je me devais de mettre à jour les informations sur les résidus de pesticides contaminant les légumes industriels. C’est ainsi que j’ai découvert le site whatsonmyfood.org mis en ligne par l’organisme américain Pesticide Action Network. On y donne, pour la plupart des légumes, le nombre de pesticides décelés par les analyses les plus récentes du Département de l’agriculture américain (USDA). Ainsi, des analyses de 2008 révèlent qu’on trouve sur les brocolis industriels des résidus de 33 pesticides différents dont, par ordre d’importance, l’imidaclopride (dans 67 % des échantillons), le DCPA (36 %), le chlorpyrifos (8,1 %), la pyraclostrobine (3,9 %) et la perméthrine (2,6 %). On y indique à l’aide de pictogrammes si le produit est cancérigène, neurotoxique ou un perturbateur hormonal.

Comme en agriculture biologique on ne peut utiliser ces poisons de synthèse, les taux de résidus qu’on y trouve sont à l’état de traces. Ainsi, notre consommation de fruits et de légumes repose principalement sur la production de notre jardin, complétée par quelques achats, toujours de qualité biologique. Nous avions toutefois conservé l’habitude de prendre nos champignons au Métro du village, croyant qu’ils n’étaient pas traités. Le site nous apprend que les champignons industriels sont tous contaminés (100 %) par la cyromazine, un insecticide, et qu’un total de 13 autres pesticides y sont décelés, dont la thiabendazole (44 %), le diazinon (21,4 %) et le phénylphénol (6,5 %). Nous n’achetons plus maintenant que les champignons de culture biologique ou encore des champignons sauvages frais ou déshydratés, des alternatives intéressantes aux champignons de Paris, un peu fade.

Le site de l’organisme canadien Environmental Working Group héberge une foule d’informations sur les résidus de pesticides dans les aliments canadiens dont la réglementation s’arrime de plus en plus à celle des Américains. On y apprend que les aliments les plus contaminés par des résidus de pesticides sont les pommes, le céleri et les fraises alors que les aliments les moins contaminés sont les oignons, le maïs sucré et l’ananas.

Enfin, sur le site français planetoscope.com, on trouve une multitude d’informations sur les pesticides et leur utilisation en France et dans le monde.

À la lumière de tout ce qu’on découvre lorsqu’on furète quelque peu sur internet, on comprend que l’alimentation biologique demeure le seul moyen de réduire la contamination de l’organisme par des résidus de pesticides toxiques et de se prémunir de la consommation d’OGM qui, en plus des problèmes sanitaires et environnementaux qu’ils engendrent, servent à maintenir en place une production alimentaire profitable… pour l’industrie agrochimique.

Cet article a originalement été publié sous le titre Qu’est-ce qu’on mange? dans le bulletin Covivia, disponible à partir du site de la Librairie Biosfaire.
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Yves Gagnon
info@jardinsdugrandportage.com

Après une formation en hôtellerie, Yves Gagnon s’est installé en 1980 à Saint-Didace où il a créé Les Jardins du Grand-Portage. Avant tout jardinier, il partage sa passion pour l'alimentation et l'écologie par l’écriture d'articles et de livres en plus de donner des formations et des conférences en jardinage écologique. II a collaboré pendant 10 ans à l’émission La Semaine Verte de Radio-Canada.

1 commentaire
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    Sonia Béland
    Publié à 12:42h, 22 janvier Répondre

    Toujours aussi pertinent et stimulent de vous lire M.Gagnon!

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