Déboires de Michael Schmidt et du lait cru en Ontario

Déboires de Michael Schmidt et du lait cru en Ontario

En janvier 2010, on assistait à un développement heureux dans la cause de Michael Schmidt, producteur laitier de la région de Toronto, dans sa lutte opiniâtre depuis des années contre les autorités ontariennes pour le droit de consommer du lait cru.

En effet, à la cour de Newmarket, le 21 janvier, il est acquitté des 19 chefs d’accusation concernant la distribution qu’il faisait de lait cru et de ses produits…

Après les revers antérieurs qui lui ont coûté presque toute sa ferme, il avait instauré un plan de propriété partagée des vaches, le « cow share », avec environ 150 clients qui défrayaient des services (soins…) pour chaque litre de lait livré. Mais ce fut une victoire de courte durée. Le 24 juin 2010, le gouvernement de l’Ontario porte la cause en appel. Le 28 septembre 2011, le couperet tombe, le jugement est renversé : Michael Schmidt est reconnu coupable de 17 des 19 chefs d’accusation portés contre lui.

Le jugement de janvier 2010

Dans le jugement prononcé en faveur de Michael Schmidt, le juge n’infirmait pas la loi d’interdiction de vente de lait cru en Ontario. De toute façon, il ne le pouvait pas, cette loi étant de juridiction fédérale. Les gouvernements provinciaux ne peuvent légiférer qu’en accentuant les restrictions déjà prévues par Ottawa. Le juge a plutôt reconnu que M. Schmidt n’avait pas contrevenu à la loi car il distribuait du lait cru aux propriétaires conjoints des vaches et non à la population en général. Comme au Québec, la loi ontarienne interdit de « vendre, offrir pour vendre, livrer ou distribuer du lait ou de la crème qui n’a pas été pasteurisé ou stérilisé. Par contre, la consommation est légale. »

Michael Schmidt se défendait de « vendre » du lait cru. Il en fournissait aux copropriétaires contre 3$ le litre à titre de frais pour les soins et la traite des vaches. Ces détails de sémantique ont de quoi faire sourciller puisque la vente de lait cru est légale dans presque tous les pays de cette planète.

La perception négative du lait cru remonte surtout à la fin du XIXe siècle, à une époque où le lait consommé dans les villes était un véritable danger public, par exemple ayant occasionné jusqu’à 20% de mortalité chez les jeunes enfants de New York. Or des industriels véreux, qui produisaient du lait dans les villes, avaient réussi à faire imputer cette véritable hécatombe au lait cru. Sinon, ils risquaient de devoir réviser de fond en comble leurs pratiques d’élevage inacceptables. Un quart de siècle plus tard, ces pratiques ont été interdites. Entretemps, le tabou contre le lait cru s’était définitivement établi dans l’esprit des scientifiques, d’où la persistance des autorités scientifiques à exiger la pasteurisation. Il semble que la population ne partage pas cette opinion.

Cette pratique est facile à vérifier sur le terrain. Des petits démons ne se mettent pas soudainement à contaminer spontanément un pot de lait si on le transporte de la ferme chez le voisin d’en face ou dans la région. Prétendre que le lait cru est spécialement dangereux n’est qu’une interprétation malheureusement toujours soutenue par les autorités, contredites en cela par les données scientifiques. Entre autres, en 2005, le témoignage d’éminents scientifiques a débouté le gouvernement de la Californie dans son intention de faire interdire le lait cru.

Des appuis

L’Union paysanne salue le jugement de janvier 2010, souhaitant que le producteur puisse vendre ouvertement une partie de sa production comme cela se fait en Belgique, Allemagne… Mais ce n’est pas la vision de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) qui avait été forcée à l’époque de commercialiser tout le lait sous forme pasteurisée. On ne veut pas toucher à cette énorme machine complexe, de crainte de « perturber » la mise en marché du lait. Mais, en bloquant l’accès de la population au vrai « lait de qualité », il semble bien que la FPLQ entretienne la baisse continuelle de la consommation de lait au Québec. Il est d’ailleurs cocasse que la FPLQ bloque à la population le lait cru que ses membres boivent en famille !

L’Union paysanne avait d’ailleurs reçu des propositions pour initier le type de programme de partage de vaches que pratique Michael Schmidt. J’ai moi-même favorisé l’inscription de québécois auprès de producteurs ontariens. Le ciel semblait s’éclaircir un peu au-dessus du lait cru. Mais c’était l’an dernier.

Michael Schmidt jugé coupable

Suite au prononcé de sa condamnation, le 28 septembre, Michael Schmidt entreprend une grève de la faim. Selon le numéro du 16 novembre 2011 du journal Agricom, organe de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, le producteur laitier et avocat Michael Schmidt a finalement rencontré le Premier ministre Dalton McGuinty au sujet de ses revendications pour légaliser la vente et la consommation de lait cru en Ontario. Après 37 jours sans manger, M. Schmidt a finalement mis un terme à sa grève.

« J’affronte cette aventure depuis maintenant 17 ans à la recherche d’un dialogue constructif et j’ai été traîné devant les tribunaux pour un crime pour lequel il n’y a pas de victimes. Mon objectif était simple : amener cette histoire au niveau supérieur et débuter une conversation en tête-à-tête avec M. McGuinty, pour se parler en tant qu’êtres humains égaux, non pas comme Premier ministre et fermier », a déclaré Michael Schmidt.

Lors de leur rencontre dans les bureaux du Premier ministre à Queen’s Park, le 4 novembre dernier, les deux hommes ont entamé un dialogue constructif, selon M. Schmidt. Sans vouloir dévoiler les propos discutés lors de cette rencontre privée, tous deux se sont dits satisfaits de cette journée.

« J’espère sincèrement que le gouvernement s’abstiendra de toute nouvelle attaque contre les agriculteurs jusqu’à ce que ce dialogue ait la chance de prendre son cours. Nous travaillerons en étroite collaboration avec les députés au cours des semaines à venir à la table un projet de loi privé », a avoué l’agriculteur.

Un sondage réalisé par Ipsos Reid peu après l’acquittement du producteur laitier en 2010 a révélé que 70 pour cent des répondants ontariens seraient en faveur de la légalisation, de la vente et de la commercialisation du lait cru. Le problème est que le milieu scientifique, toujours rigoureusement contre le lait cru, considère cela non avenu parce que supposément sans rapport avec les données scientifiques.

Pourtant, tous les spécialistes de la question sont bien au courant que le lait maternel (cru) renforce le nourrisson et diminue la demande de soins de santé comparativement au lait pasteurisé (biberon). Cela découle à la fois de la composition chimique du lait (nombreux facteurs protecteurs, en particulier contre les bactéries pathogènes) et de son pouvoir de renforcer le système immunitaire du nourrisson contre les attaques. Les recherches montrent que la pasteurisation hypothèque ces avantages.

Il en est de même pour le lait de vache car le lait de tous les mammifères est constitué sur les mêmes bases, avec des variantes propres à chaque espèce. Il est proprement inconfortable de constater que jusqu’ici, on n’a pas encore fait cette constatation en milieu scientifique

Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

3 commentaires
  • Pouchele
    Publié à 08:19h, 29 décembre Répondre

    Bien tentée la propagande pour le lait !! Article qui n’a pas sa place sur le mur d’une « Association Manger Santé Bio ».

    Les connaissances réelles contemporaines en diététique et en santé sont à l’opposé de ce qu’essaie encore de nous faire avaler cet article. Le lait est fait pour le veau et contient une information spécifique à cette espèce qui n’est pas adéquat pour l’homme donc pourrait perturber le système endocrinien.

    Selon http://www.biobardo.fr et http://www.himalavie.ch :

    C’est un aliment acidifiant et donc conduisant à une déminéralisation (ostéoporose) pour compenser le déséquilibre acido-basique : travaux de l’INRA – F . Cet état conduit d’abord à la spasmophilie (par compétition Calcium et Magnésium) et induit enfin des lithiases calciques
     
    Le lait est trop riche en phosphore qui hyperstimule les parathyroïdes et trop riche en protéines perturbant l’assimilation du calcium.

    Le lait est indigeste par sa quantité en graisses saturées (autant que 3 tranches de lard pour 1 verre !) et son manque d’A.G.P.I permettant le développement du S.N et des organes des sens.

    Le lait est indigeste car l’estomac humain ne possède pas la présure des ruminants (nourrisson encore moins) permettant de cailler le lait et sa caséine (300 fois plus que le lait maternel) / mieux sous forme de produits lacto-fermentés / yaourts et fromages. Il faut donc attendre que cela se fasse sous l’effet de la chaleur pour pouvoir le digérer.

    Le lait est indigeste au niveau de son lactose qui induit une intolérance de plus en plus fréquente du fait de la non possession de l’enzyme lactase (que seuls 40% des adultes possèdent dans le Sud de l’Europe ) et son affaiblissement physiologique avec l’âge / 15 % chez l’adulte sinon des troubles intestinaux perturbant la flore intestinale et la muqueuse entérocytaire / perméabilité … et responsable d’une toxiinfection générale (O.R.L , Respiratoire , Cutané chez l’enfant puis articulaire , vasculaire , endocrinien , neurologique chez l’adulte) apparaissent = effet colle (AG si intolérance au gluten et infections virales) avec des peptides devenant de véritables antigènes perturbant l’immunité.

    Le lait fait partie des 3 produits les plus allergènes car (chez le petit ++) les molécules de lait passent la barrière intestinale sans être dégradées (auto-intoxication) conduisant à une perturbation membranaire inflammatoire responsable d’une anémie avec perte de fer.

    Le rapport lysine / arginine du lait de vache favorise une athérogénèse précoce chez l’enfant.

    Le lait contient trop peu de lipase pour le nourrisson encore inadapté dans sa sécrétion pancréatique.

    Une corrélation existe entre la consommation de lait (présence d’E.G.F stimulateur de croissance pour le bébé) et certains cancers / sein , GI ( le lait diminue la sécrétion biliaire ).

    Le lait est un facteur de fixation des toxiques lipophiles / solvants et métaux lourds.

    Le lait contient des hormones de croissance , des xéno hormones , des antibiotiques , pesticides et herbicides , dioxines , etc. qu’ont reçus ou mangés les vaches et ceci est encore plus concentré dans les fromages et yaourts (200 fois).

    Des études médicales constatent une relation entre consommation de produits laitiers et maladies auto-immunes / diabète juvénile à cause de l’impact immunitaire perturbant du lait.

    Aucune espèce animale ne consomme de lait après le sevrage …

    Le lait de vache ne contient pas les IgA sécrétoires apportant l’immunité à l’enfant dès la prise du colostrum + la lactoferrine bactériostatique et favorisant le développement de la flore intestinale.

    Il est donc impératif de consommer des produits laitiers BIOS et pour les enfants +++ .

    Mais il faut pour les nourrissons lui préférer le lait maternel ou à défaut les laits de céréales germées / kamut , épautre , etc. ou le lait d’amandes , de riz voire de soja ( lacto-fermenté + ).

  • Kathleen N
    Publié à 07:04h, 31 janvier Répondre

    Ce que Pouchele a déclaré au sujet du lait concerne le lait « industriel ». Il serait préférable que les chercheurs fassent enfin la distinction entre le lait conventionnel (pasteurisé et homogénéisé) et le lait cru. La transformation du lait change fondamentalement la composition du lait et la façon dont le corps l’assimile.

  • Aurora
    Publié à 11:16h, 19 décembre Répondre

    Merci pour ces précieux commentaires, (les 2!) Je trouve ça très intéressant. Ceci étant bravo aussi pour l’article et le combat de cet homme. J’ai beaucoup d’estime pour ces petites révolutions individuelles. J’habite la Belgique, donc chez nous on peut consommer du lait cru même si on n’en trouve pas à tous les coins de rue ;)

    Bonnes fêtes à tous !

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