Les besoins vitaux, cinquième pilier d’une alimentation éthique

Les besoins vitaux, 5e pilier d’une alimentation éthique

Quand ses besoins fondamentaux sont comblés, il faut penser aux autres… pour être heureux.

Depuis presque un an, je vous entretiens des fondements d’une alimentation éthique : la transparence, la justice, la compassion, la responsabilité sociale. Et si la plupart d’entre nous sommes d’accord avec ces grands principes, il est souvent difficile de passer à l’acte. Plusieurs mangent pour rester en vie sans vraiment avoir de choix. Mais pour de nombreux autres dont les ressources sont moins limitées, l’inertie est confortable et il est aussi plus facile de faire passer le plaisir avant la raison.

Près d’un milliard d’humains sont sous-alimentés dont 15 millions dans les pays développés. Et même sans être sous-alimentés, nombreux sont ceux qui ne mangent pas à leur faim. Au Québec seulement, 400 000 personnes déclaraient avoir une « alimentation précaire ». Pour ces personnes, assurer les besoins fondamentaux et survivre peut évidemment nécessiter de mettre de côté les grands principes éthiques.

Je donne souvent l’exemple des pêcheurs indonésiens pour qui le poisson est la seule source de protéines : on peut difficilement leur demander de faire preuve de compassion envers la souffrance des animaux marins, comme on ne peut exiger d’une mère célibataire sur l’aide sociale qu’elle cuisine des fruits et légumes biologiques ! En revanche, lorsque nos besoins vitaux sont comblés, nos choix doivent se tourner vers les options ayant le moins de conséquences sur les autres.

Oui, mais la viande, c’est bon !

La plupart d’entre nous avons le choix et si nous ne modifions pas nos habitudes, c’est souvent une simple question de goût. L’argument que j’entends le plus souvent en réponse à mes explications sur les conditions d’élevage des animaux, c’est que malgré tout, la viande, c’est bon !

Oui, la viande, c’est bon. Mais entre deux possibilités, choisir celle qui procure le plus de plaisir gustatif au lieu de celle qui a le moins d’effets négatifs sur les autres est un choix égoïste. Et l’égoïsme ne peut se justifier d’un point de vue moral. En effet, si la moralité consistait uniquement à agir en vue de son plaisir, alors le meurtre ou le vol seraient moralement corrects pour autant qu’ils me plaisent… Bref, ce n’est pas parce que nous sommes parfois égoïstes (nous le sommes tous) que nous avons des raisons morales de l’être.

On peut toutefois réfléchir au plaisir dans un sens non égoïste. C’est notamment ce qu’a fait le philosophe britannique du XIXe siècle Jeremy Bentham pour qui une action est bonne si et seulement si elle produit « le plus grand plaisir pour le plus grand nombre ». Bentham est le père de l’approche dite utilitariste où on évalue les conséquences d’une action en termes de plaisir et de peine. Entre deux actions, la meilleure sera donc celle qui maximise les plaisirs et minimise les peines pour le plus grand nombre. Et pour Bentham, tous ceux qui sont capables de ressentir des plaisirs et des peines sont à prendre en compte dans ce calcul, ce qui inclut évidemment la majorité du règne animal.

Concrètement, on voit mal comment quelques agréables bouchées de rôti peuvent compenser toute la vie misérable d’un porc alors qu’il existe des solutions de rechange sans souffrance comme une tourtière de millet ?

Les idées des utilitaristes sont aujourd’hui reprises par les welfaristes dont l’éthicien Peter Singer est le plus célèbre représentant et ma principale inspiration. S’il demeure concevable de sacrifier certains animaux dans certaines circonstances, comme pour nourrir notre pêcheur indonésien, par exemple, parce qu’à ce moment-là, leur souffrance serait utile et bénéfique, notre attitude envers eux doit être radicalement transformée. On ne peut se servir de notre égoïsme pour justifier nos choix. Surtout qu’en plus de nous procurer un plaisir gustatif certain (je vous assure, ma tourtière de millet est délicieuse), une alimentation éthique nous donne la satisfaction de bien agir.

Une récente étude nous apprend même que les personnes qui agissent moralement sont plus heureuses dans la vie. Il semble de plus en plus clair que le bonheur est lié avec le fait de poser de bonnes actions. Et si les fondements d’une alimentation éthique étaient aussi les fondements d’une vie heureuse ?

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Élise Desaulniers
elise.desaulniers@gmail.com

Élise Desaulniers s’intéresse aux questions éthiques liées à l’alimentation et est l’auteure des livres Vache à lait, Je mange avec ma tête et Le défi végane 21 jours ainsi que du blog Penser avant d’ouvrir la bouche.

1 commentaire
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    Annick Guenette
    Publié à 11:05h, 21 janvier Répondre

    Un excellent texte, merci beaucoup. Ça fait du bien d’agir concrètement avec conscience dans notre quotidien. Le contraire nous rend misérable….

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