Des villes contre la malbouffe

Des villes contre la malbouffe

Il y a 30 ans, il n’était pas permis d’alléguer que les aliments pouvaient corriger des troubles, une attribution que seuls les médicaments pouvaient se mériter. Par conséquent, l’alimentation comme moyen d’atteindre la santé se trouvait marginalisée par la toute-puissance du médicament dans l’imaginaire des gens.

Cette vision a laissé le champ libre à divers courants typiques du XXe siècle : transformation alimentaire à outrance, développement de la malbouffe, etc.

Des villages refusent d’être bouffés par la malbouffe

Les connaissances puis les mentalités ont bien changé depuis, mais ce n’est que tout récemment que cela a été pleinement accepté. À l’époque où McDonald’s et autres entrepreneurs de la malbouffe ont élaboré leurs concepts alimentaires, les connaissances en nutrition étaient encore relativement rudimentaires. C’était la loi dure du «prix le plus bas qui fait loi», toujours rageusement en vigueur. Les aliments camelote avaient le champ libre.

Maintenant, la situation s’est tant aggravé que la sonnerie d’alarme s’est fait entendre. En fait, non seulement on nous fait payer pour de la camelote, en plus, on le fait aux dépens de notre propre santé. Et on paie encore une fois sous forme de taxes pour défrayer les coûts faramineux du système de santé.

Mais il y a plus. La malbouffe a particulièrement nui à la santé économique des régions. L’industrie de la restauration rapide est presque entièrement occupée par les grandes chaînes. Or leur fonctionnement est centralisé : presque tous leurs aliments sont achetés à grands volumes, de préférence chez des fournisseurs intégrés dans quelques centres privilégiés, cela aux dépens particulièrement des agriculteurs locaux qui voient les profits s’envoler à l’extérieur. Or, pour les petits centres, les chaînes de restaurant ne sont pas désavantageuses que du point de vue alimentaire mais également pour le tourisme.

Au Maine, Ogunquit bloque Dunkin’ Donuts

Mais la résistance s’organise. Aux États-Unis, il y a de plus en plus de ces villes et villages irréductibles qui émettent des règlements restrictifs à la venue chez eux des restaurants de chaînes (1). Village évocateur pour quiconque a parcouru la côte est étasunienne, Ogunquit, dans le Maine, a récemment réussi à empêcher l’installation d’un Dunkin’ Donuts chez lui.

Pour les gens de la place, ce restaurant ne cadrait tout simplement pas avec les boutiques locales par son concept. En cela, le boulanger artisanal partageait la réaction épidermique du restaurateur chic, du propriétaire de galerie d’art et d’autres commerçants. En plus de son manque flagrant d’originalité pour un village au cachet bien caractéristique, l’architecture d’un Dunkin’ Donuts est particulièrement agressive, comme celle des autres chaînes de restauration rapide. Or ces grandes chaînes y tiennent, question de stratégie commerciale. Ça fait partie du concept.

Vingt villes des États-Unis contre les restos de malbouffe

Puis, un référendum sur l’interdiction des restaurants de chaînes dans tous les districts d’Ogunquit a été approuvé à 71%. Puisqu’il est interdit en Amérique du Nord de bloquer un commerce en fonction de sa propriété, par exemple, un Starbucks ou un Burger King, on a fait adopter des règlements interdisant les restaurants dont l’architecture, la signalisation, le nom et la présentation générale les rendent identiques à un autre restaurant. Une vingtaine de villes et villages étasuniens s’en sont prévalus, surtout ces dernières années.

En d’autres endroits aux États-Unis, on a fait interdire les restaurants de chaînes sur la base qu’ils sont spécialisés dans les petites commandes ou dans le service rapide ou si la nourriture est servie principalement dans du papier, du plastique ou autre emballage transportable.

Il s’agit d’avoir de l’originalité car il est possible de légiférer d’une multitude de façons… à condition d’avoir l’approbation de la population. Quand va-t-on s’y mettre au Québec ?

Malgré les véhémentes protestations de certains, les esprits se sont apparemment calmés à Ogunquit puisque tous semblent comprendre l’impact positif de l’interdiction sur la communauté. Car, au contraire des grandes chaînes qui achètent ailleurs, les petits commerces locaux achètent et investissent plus dans la communauté, créant des emplois plus stables et valorisés. Et l’absence des grandes chaînes amène de nouveaux commerces indépendants. Bien plus, cela attire une autre clientèle, soit les résidents des villes voisines saturés par la présence des grandes chaînes et désireux de trouver des restaurants qu’il n’y a pas ailleurs.

Grande nouvelle, une grande ville comme San Francisco vient d’adopter des règlements interdisant les restaurants de chaînes dans certains quartiers. Chicago pourrait l’imiter. Est-ce assez pour donner des idées au Québec ?

Références

  • Malbouffe interdite. Une vingtaine de municipalités américaines refusent l’implantation de « restaurants à formule ». Fabien Deglise, Le Devoir, 11 novembre 2006, p A1.
Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

3 commentaires
  • Diane
    Publié à 10:59h, 05 août Répondre

    Et si vous faites bien le calcul, c’est rendu très cher cette malbouffe, McDonald par exemple, faites le test avec une famille de deux adultes et quatre enfants, un souper…oh lala sortez le porte-monnaie si vous désirez combler votre appétit, de plus, vous avez encore faim 2 heures plus tard!

  • Monique Belleau
    Publié à 22:53h, 21 septembre Répondre

    Il est intéressant de constater ce pas en avant vers une « meilleure qualité d’alimentation » avec l’effet domino sur les commerçants locaux. Soulignons ici qu’à la ville de Québec, un pas en arrière vient d’être posé en remettant la malbouffe dans les arénas, pour protéger les commerçants de ces lieux… La malbouffe se trouvant de l’autre coté de la rue. Alors elle est consommée malgré tout et la « salade » ne se vendait pas… A vous de convaincre les responsables à la ville de Québec, de par votre article démontrant le véritable enjeu ($$$) qui supplante celui de la santé de toute une population. Et qui sait quand deux pas en avant seront franchis…

  • Annie Lemarbre
    Publié à 11:04h, 18 juillet Répondre

    Au Québec, il y a la fameuse ville de Val-David qui s’applique à « interdire » toute chaîne de magasins à s’installer chez elle. Je serais curieuse de savoir comment le maire s’y prend compte tenu de la loi nord-américaine. Il est certain que les commerçants locaux en bénéficient grandement ainsi que les citoyens et les voyageurs :) Un exemple à « copier-coller » !

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