Que faire des théories alimentaires?

Que faire des théories alimentaires ?

Nous n’avons pas encore pris toute la mesure du désastre qu’occasionne la malbouffe pour la société en termes de perte de bien-être, d’absentéisme au travail, de coûts astronomiques du système de santé qui est littéralement en train de bouffer l’état, etc.

Plus encore, nos mœurs alimentaires ont été fortement perturbées par un conditionnement publicitaire systématique autant efficace qu’incessant.

Ceux qui se réveillent aux problèmes alimentaires se questionnent : « Que dois-je manger ? » Puis vient le questionnement sur les nombreuses théories alimentaires qui prétendent souvent tout expliquer. On entend des critiques s’insurger contre les « ayatollahs du bien manger », non sans raisons. Toutefois, pourquoi ne pas faire le point sur le sujet en se plaçant au bout positif de la lorgnette, en regardant les bons points de ces théories, tout en ne manquant pas de relever certains pièges.

Le premier piège est sûrement d’oublier notre individualité, car nous n’avons pas tous le même métabolisme et la même perception de ce qu’est manger santé. Voici quelques idées générales.

Les meilleures théories du monde… en mode contradictoire

Issu du milieu scientifique, j’ai fait mon entrée dans le monde des approches naturelles par celle de Kousmine. On y fait appel à la consommation de crudités, sans prôner le crudivorisme intégral. Grand bien cela me fit, mais ce concept semble en contradiction avec la macrobiotique, que je respecte, car elle cuit à peu près partout.

Des promoteurs de la macrobiotique, une approche orientale, affirment que la vie stressante de notre époque affaiblit la digestion qu’il faudra épargner en dégourdissant les aliments par une cuisson modérée. Cela se tient d’autant plus que j’avais moi-même remarqué ne pas être porté spontanément aux crudités lorsque stressé, surtout en hiver. Un bon potage chaud me paraît alors plus invitant. Cela se vérifie amplement chez d’autres individus, quoiqu’il faille rester prudent et ne pas généraliser.

La médecine classique comme arbitre

La Ciba Collection of Medical Illustrations (vol. 3, partie II, 1973), le manuel médical de base d’anatomie de tout étudiant de médecine, mentionne justement à la page 139 que le stress fragilise la muqueuse digestive aux agents stressants.

Les crudités, avec leurs fibres intactes abrasives, pourraient être considérées comme des agents stressants pour les muqueuses gastrique et intestinale rendues sensibles par le stress. Une cuisson modérée dégourdit les crudités : n’est-il pas plus facile de prendre un chow mein (cuit croustillant) qu’une même quantité de légumes crus ? Ce faisant, les Asiatiques se trouvent à consommer une plus grande quantité de bons légumes, des aliments minéralisants par excellence qui, sous cet aspect, apportent une protection de plus contre l’ostéoporose, d’autant plus qu’il s’agit là d’un bon moyen de lutte contre l’acidification.

Toutefois, poussons le raisonnement plus loin : pourquoi le problème ne viendrait-il pas également de ce que nous mangeons nos crudités froides, ce qui tend à affaiblir d’autant plus l’estomac ? De plus, en hiver, il est décevant de se sentir obligé de se geler les mains à laver notre laitue à l’eau glacée du robinet pour la garder supposément « croustillante ». Pas nécessaire. Remplissons plutôt notre plat à salade d’eau tiède ou un peu chaude pour y laver et réchauffer les légumes que nos frigos performants maintiennent bien trop froids pour consommation immédiate.

Dans ma pratique de consultant en santé, ce conseil a soulagé bien des estomacs et intestins, en particulier chez ceux disant ne pas bien tolérer les crudités. C’est encore plus vrai en hiver où nous sommes moins portés à manger froid, contrairement à l’été. Même Brian Clement, le directeur de l’Institut Hippocrate en Floride, qui soigne la maladie par les aliments vivants crus, reconnaît que la situation est différente ici sous les latitudes nord.

Histoires de pommes combinées

Mastiquer chaque bouchée 50 fois ? Encore un coup de la macrobiotique! Pourtant, trouvez quelqu’un de calme, donnez-lui une pomme fraîche à croquer dans la détente et à n’avaler chaque bouchée que lorsqu’il sentira qu’elle est adéquatement mastiquée. Vous aurez des scores de 50. C’est mon cas. Bon, on peut nuancer, c’est sûr, mais il s’agit tout de même du meilleur yoga puisqu’il se pratique trois fois dans la journée. À les voir manger, certains ne sont sûrement pas portés au yoga…

Enfin, une pomme fraîche au dessert peut alourdir la digestion. Les observations sont nombreuses. Il y a d’autres conséquences pour l’organisme en termes d’acidité, troubles de la peau, etc. Peu importe les explications, pour de nombreux individus, il ne semble pas adéquat de prendre les fruits au dessert, mais plutôt à la collation ou avant le repas. Des fruits comme le raisin semblent plus « faciles à passer » au dessert que d’autres. Également, les fruits sont mieux tolérés au dessert si cuits.

Cette idée d’éviter les fruits au dessert origine de la théorie des « combinaisons alimentaires », du Dr Shelton, dans le but d’améliorer la digestion. On recommande également de dissocier protéines (viandes, fromages…) et féculents (céréales, pâtes, patates…). Adieu aux steaks-patates ou poulet-riz ? Difficile à concilier avec notre culture alimentaire, mais peut aider certains à perdre du poids. Pas garanti.

À l’opposé, d’autres, montrant une taille de guêpe, risquent de se retrouver dans un guêpier à trop vouloir alléger leur digestion. Ces gens n’ont pas le même métabolisme que les fortes tailles, de sorte qu’ils peuvent s’en trouver dévitalisés au point d’aller à l’hôpital, ce que j’ai déjà vu. Voici donc une pratique à appliquer avec discernement ou selon une variante, que j’appelle « déséquilibre » volontaire : prendre un repas riche en protéines, mais accompagné de peu de féculents, ou l’inverse, ce qui pourrait être efficace à alléger la digestion.

La crème Budwig, pour ou contre l’estomac en forme

Il faut le répéter, un gros souper, surtout si tardif, exige de votre estomac de faire son plus grand effort de la journée au moment où il est le moins prêt, parce que fatigué lui aussi.

Il y a souvent une rançon : mauvaise nuit, stress accru ressenti au lever et résistance à prendre un bon déjeuner puisque nos tripes ne se seront pas remises. C’est sûrement pas le temps de prendre une crème Budwig de la doctoresse Kousmine, qui déconseillait de la prendre le lendemain matin d’un gros souper, sinon gare aux irritations intestinales, surcharge du foie, etc. C’est bien mal utiliser cette préparation culinaire absolument géniale du point de vue nutritionnel.

Un guide alimentaire par la voie sanguine

Il s’agit de l’approche du naturopathe Peter J. D’Adamo dans son livre « 4 groupes sanguins, 4 régimes », Éditions du Roseau, Montréal, 1999. Il souligne qu’un individu ne pourra pas toujours consommer les mêmes aliments que celui d’un autre groupe sanguin parce que chacun a des aliments bénéfiques, neutres ou à éviter particuliers à son groupe. Bénéfices escomptés : perte de poids, digestion améliorée, meilleur sommeil, lutte au diabète, etc. Pour certains, ça marche, à différents degrés.

Mais attention, il y a notre individualité. Il est mieux de faire ses propres expériences car il est une réalité incontournable : nous n’avons pas tous le même métabolisme. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes modulés par divers aspects de l’existence. Par exemple, je suis peut-être de groupe sanguin O, mais mon métabolisme est concrètement modulé par une émotivité spécifique (en bonne partie déterminée par mon vécu familial), ma date de naissance (la macrobiotique en tient compte), etc.

Et c’est là où se trouve la sagesse de la modération: je ne crois pas qu’une théorie alimentaire peut tout expliquer à elle seule, de sorte que, même s’il peut être bénéfique de se laisser guider par ces théories, évitons de les prendre à la lettre et faisons nos propres observations.

Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

4 commentaires
  • Annick Guenette
    Publié à 21:46h, 10 juillet Répondre

    Oui on ne sait plus trop par où commencer… enfin… on fait ce que l’on peut! Et quand se pointe à l’horizon des maladies digestives, je vous jure que c’est tout un casse-tête! Quand va-t-on manger « comme-il-faut »? Bonne chance à tous pour trouver l’équilibre qui vous convient!

  • Jonathan
    Publié à 12:16h, 12 juillet Répondre

    Je trouve le sujet de cet article très intéressant et pertinent car nous sommes sans cesse bombardé d’informations sur l’alimentation et on en perd parfois notre gros bon sens.

    Pour ma part, je préfère me fier à l’expérience des médecines traditionnelles en matière de nutrition pour tempérer les notions modernes. Elles ont plusieurs millier d’années d’expérimentation derrière elles et ont été élaborées grâce à la coopération de multiples individus.

    Les théories modernes ont souvent moins de cent ans et sont parfois conçues par une seule personne. La science de la nutrition s’attaque à une machine biologique dont on oublie la complexité et n’a pas toujours une vision globale adéquate pour mettre en perspective ses axiomes.

    Une bonne dose de jugement et de ressenti est essentielle pour éviter que les données nutritionnelles ne brouille notre instinct alimentaire.

    Ce que j’apprécie de l’Ayurvéda, médecine traditionnelle indienne, c’est que la nutrition y est aussi abordé en terme de saveurs, de textures, et de sensations, ce qui valorise le développement des perceptions et de l’expérience. De plus, on y apprend à adapter la nutrition aux différents individus, ce qui est à mon avis essentiel pour développer un modèle nutrionel flexible et efficace.

    En conclusion, je pense qu’en alliant la science de la nutrition moderne à notre ressenti et aux sagesses éprouvées par le temps, nous arriveront à se diriger avec aisance dans le vaste océan de l’alimentation.

  • Aline Leclerc
    Publié à 15:00h, 06 août Répondre

    On en apprend toujours. Mettons-le en pratique.

  • Carolyn Boulay
    Publié à 18:27h, 10 mars Répondre

    J’avais oublié combien il était rafraîchissant de vous lire. Si tous le monde était tant soi peu à l’écoute de son propre corps comme vous le suggérez, on arrêterait de se culpabiliser avec des théories trop strictes qui ne font que nous stresser davantage.
    Au plaisir de vous relire.

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