Okinawa : les racines de la santé et de la longévité

Okinawa : les racines de la santé et de la longévité

À 99 ans bien comptés, chaque jour il enfourche son vélo pour sa partie de croquet avec ses amis. À 104 ans, elle se rend tous les matins à son travail pour emballer des tangerines au marché local…

Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un article, sous la plume d’Eugénie Francoeur dans Le Devoir du 16 avril 2006, décrivant « la vraie vie » sur l’île d’Okinawa, plus précisément à Ogimi, village du Japon où l’on retrouve la plus forte proportion de centenaires au monde.

Depuis 24 ans, j’organise des ateliers sur l’alimentation et les phénomènes de la nutrition auprès du grand public. Au point de départ, avant d’organiser ces cours, il m’apparaissait évident qu’on ne pouvait pas amener les gens à réformer leur alimentation sans se placer dans un contexte plus large et aborder sérieusement le style de vie, les attitudes, etc. D’ailleurs, le mot « émotions » apparaît dans le sous-titre de mon cours. Par conséquent, ce qui suit à propos des Japonais me parle fortement.

On ne peut pas rêver de longévité et d’une vie en santé sans en envisager tous les aspects. La santé est un délicieux mets subtil dans lequel une portion d’éternité est subtilement construite avec des aliments sains, des attitudes positives, une activité physique soutenue et de la modération, le tout dans l’enracinement dans des valeurs traditionnelles avec un esprit ouvert tourné sur l’avenir, dans le respect. En fait, cela sous-tend beaucoup d’amour. On pourrait en rajouter, le bonheur étant fait de plusieurs choses, dont bien des petites. Et c’est ce qu’on appelle « l’équilibre ». Toutefois, l’équilibre ne fait pas la nouvelle qui se délecte plutôt de tous les excès.

Des racines pour s’ancrer dans la santé et le bonheur

C’est la recette du vivre vieux, comme cette dame française, Jeanne Calment, décédée à 122 ans il y a quelques années. À la lecture des interviews, il était clair qu’elle avait une philosophie de vie exemplaire. Entre autres et surtout, elle savait gérer son stress. Elle ne se laissait pas prendre par toutes les modes de l’heure, tout en y participant à l’occasion. Elle savait mettre de la distance sans s’isoler. Elle était heureusement douée d’une forte personnalité. Profitait-elle d’un entourage lui apportant des enseignements comparables à ceux du village d’Ogimi où semblent prévaloir des pratiques exceptionnelles payantes en termes de bonheur, de santé et de longévité ?

D’abord, je vous dirai qu’il peut être fort angoissant que de ne pas savoir où on est. Se sentir perdu, dans n’importe quel endroit, peut générer un stress important. Moins aigu, mais tout autant perturbant à la longue, est l’impression de ne pas savoir ou on en est dans notre vie. Voilà le commencement de tout. Les racines donc, c’est vachement important.

Or, comme la grande majorité de la population locale, Kamachi, 99 ans, cultive le culte des ancêtres… et son jardin. On reste prêts des aïeuls, ce qui attache encore plus à son pays, d’autant qu’à cultiver son jardin on s’enracine bien les deux pieds dans ce sol qui nous nourrit. Prendre soin de sa terre, c’est se stabiliser et l’embellir à nos yeux. À l’exemple du Petit Prince, c’est le soin donné à ta rose qui la rend si belle à tes yeux. À partir de ça, tu auras beau faire le tour du monde, tu sais mieux qui tu es et qu’il y a un petit coin refuge qui t’attend quelque part. « Mais je ne me morfonds pas dans le passé. Je continue d’avancer », dit Kamachi. Comprendre ici et maintenant. On ne peut être heureux que maintenant, pas dans le passé ni dans le futur.

À la racine des vrais aliments

À « pigrasser » dans son jardin, on ne peut que mieux comprendre ce qu’est un aliment et le respecter. Et que naissent une myriade de jardins urbains, petits et grands ! Voilà un bon antidote pour se protéger des dérives de l’industrie alimentaire moderne qui nous a menés à la tentation de la malbouffe.

Les gens d’Ogimi ont un régime alimentaire exemplaire ne comportant aucune nourriture industrielle transformée. Cela donne des aliments à faible densité calorique et favorise la restriction calorique: à 95% d’eau, un concombre ne peut faire engraisser. Un repas type d’Okinawa de 280 calories comprend légumes légèrement sautés, riz, tofu, soupe au miso… dans 500 grammes très nutritifs.

Aux États-Unis, les mêmes 280 calories formeront un repas dense pesant aussi peu que 120 grammes, à l’exemple du hamburger au fromage, dégarni d’un grand nombre de nutriments essentiels à la santé. Il ne peut couper la faim qu’on voudra calmer de frites, coke et lait frappé. Au Japon, ce seront légumes, soja, fruits, algues en quantité, poisson, crustacés, porc et produits laitiers, fréquents, mais peu à la fois, suivis d’un très petit dessert. Masa, 93 ans, croit que cuisiner avec un esprit calme aura un impact bénéfique sur la qualité du repas. Le temps est le premier ingrédient d’une saine alimentation. Bien plus, Masa avait interrompu l’interview avec la journaliste parce qu’il était temps d’aller prier.

Le médecin états-unien Craig Wilcox n’a jamais trouvé de traces de malnutrition chez ces centenaires. « Ils ne sont pas malades, ils sont juste vieux ». Avec le style de vie d’Okinawa, dit-il, on pourrait fermer 80% des unités de soins coronariens aux États-Unis où on meurt après sept années de maladie, contre 2,5 années à Okinawa.

Racines et attitudes

Comme leur entourage, ces centenaires sont curieux, alertes et vivent dans l’harmonie des relations intergénérationnelles. Ils sont incapables de haïr. Il faut se remémorer qu’Okinawa est toujours la plus grande base des États-Unis dans le Pacifique, le lieu des combats les plus acharnés de la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté énormément cher en souffrances à ces gens. Il en fallait de l’optimisme pour passer au travers. L’optimisme, c’est aussi ça la vie ! Vie spirituelle riche, adoration des ancêtres dans des rituels d’une grande dignité. Le respect est une valeur sûre par là. On conseille d’arrêter de trop penser, vivre authentiquement et ne pas se forger une vie superficielle avec sa course aux biens matériels qui donne peu de choses à part des rides.

Et l’activité physique ? Cela saute aux yeux à voir Kamachi enfourcher son vélo et les autres toujours fort actifs à leur âge vénérable. On n’y a pas systématiquement gommé presque toute activité physique. On n’est pas devenus esclaves de l’auto et des petits écrans dévoreurs de la télé, de l’ordi, des jeux vidéo et maintenant des téléphones à écran… À Okinawa, on ne bouge pas seulement au jardin: être actif, ce n’est pas seulement une activité, c’est la vie elle-même.

Plus à propos de :
Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

7 commentaires
  • Brigitte
    Publié à 20:49h, 09 avril Répondre

    Bel article, sur notre responsabilité et notre pouvoir sur notre vie. Inspirant pour le printemps débutant.

  • Paul
    Publié à 12:53h, 02 mai Répondre

    Super intéressant Carol, continu dans cette direction. Moi j’ai 74 ans et je me suis guérit avec de l’alimentation saine et surtout bio. Rarement de viande. Félicitation pour cet article – Paul

  • Brigitte
    Publié à 13:49h, 02 mai Répondre

    Bonjour !

    Je vous suggère de prendre quelques minutes pour lire cet article.La recette pour bien vivre… Bonne lecture et bonne vie !!!

    Brigitte

  • Svetlana
    Publié à 07:58h, 03 juin Répondre

    Moi, 81 ans, je suis semi-végétarienne. J’essaie toutes sortes de produits nouveaux et cela me donne le goût de cuisiner sainement. Je ne fais pas d’excès et je trouve du plaisir à faire un tas de choses nouvelles et agréables. À toutes qui me liraient : bonne santé et ayez toujours le sourire… cela fait oublier nos petits bobos. Ne baissez pas les bras.

  • Sandra Wolf
    Publié à 18:05h, 04 août Répondre

    J’ai 42 ans et je vis aux Etats-Unis, et je refuse de me laisser submerger et envahir par un mode de vie que je trouve malsain, dénué de goût et surtout très gras.

    J’éduque ma fille de la même manière: tout ce que nous mangeons est cuisiné et fait maison: légumes et fruits frais tous les jours, du fromage, beaucoup de poisson, surtout des sardines, peu de lait (par gout), peu de viande, et surtout beaucoup de bonheur.

    Je suis heureuse chaque jour, chaque jour je remercie pour tous ces bonheurs et tous les jours, nous allons nous promener, jouer au parc, faire du velo, et surtout tout le monde fait une sieste après le déjeuner, en semaine et les week ends. C’est le style de vie que je compte garder, j’ai changé de carrière, j’etais formatrice consultante, je travaillais tous les jours, je suis devenue professeur de yoga pour enfants et je savoure chaque minute de mon existence.

    Ce n’est pas toujours facile ou rose tous les jours, mais… Je me fais plaisir dans cette vie que je me suis choisie. Prenez bien soin de vous, et gardez le sourire. Et surtout restez loin des medicaments, qui ne règlent pas tout, bien au contraire. Vous avez d’excellents herboristes à Montréal/Québec, et j’ai réglé bien des choses à grands renforts de plantes. Je vous souhaite une belle vie.

  • sylvie gagnon
    Publié à 21:43h, 03 mai Répondre

    Bravo! j`aime ton article Carol , tu sembles bien connaitre le peuple japonais et aussi le jardinage.

  • Pat
    Publié à 17:21h, 27 février Répondre

    Carol,

    tout à fait d’accord avec cet article. Une question : est-ce qu’ils cuisinent vapeur sans matière grasse ou sauté avec matière grasse et dans ce cas quelle matière grasse? saindoux? est-il préférable de tout cuisiner vapeur ou de cuisiner sauté?

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