Quand les aliments menacent nos glandes

Quand les aliments menacent nos glandes

« Endocrinopathie » est le terme médical utilisé pour désigner les maladies des glandes endocrines, les glandes sécrétant les hormones dans le sang.

Les principales glandes endocrines sont : l’hypothalamus, l’hypophyse, la thyroïde, les parathyroïdes, le pancréas endocrinien, les médullosurrénales, les corticosurrénales, les gonades (ovaires et testicules) et la pinéale. Il existe aussi de multiples cellules endocrines disséminées dans le corps, entre autres, dans le tube digestif, l’utérus, etc.

Le domaine de l’endocrinopathie est très vaste, car les déséquilibres hormonaux et leurs causes sont multiples, et leurs conséquences très diverses, souvent sévères.

Mais dans ce cadre, il m’apparaît pertinent d’ouvrir tout un chapitre peu compris de la connaissance scientifique, soit celui de l’autodestruction d’organes par les anticorps, des auto-anticorps que produit contre nous notre propre corps.

Depuis déjà un certain temps, nous connaissons ce phénomène d’autodestruction du corps. C’est un processus allergique dit « cytotoxique » (du grec kutos, cellule) auto-immun : le système immunitaire produit des anticorps qui attaquent les cellules de nos propres organes. La médecine considère que cette perturbation est génétique et/ou d’origine environnementale, venant par exemple des attaques microbiennes. L’alimentation semble impliquée.

Nos propres anticorps nous attaquent

Ce phénomène peut toucher tous les organes, glandes ou autres, tels le tissu nerveux dans la sclérose en plaques, le tissu musculosquelettique dans certains types d’arthrite rhumatoïde, le tissu cutané dans certains types d’eczéma et d’acné, le tube digestif dans certains cas de gastrite, etc. Il peut donc toucher également les glandes endocrines, souvent une seule, parfois plus d’une, chez un même individu. Dans ce dernier cas, on parle de « polyendocrinopathie ». Enfin, d’autres organes que les glandes peuvent être touchés en même temps chez un même individu.

Cette autodestruction de glandes par des anticorps est connue depuis près de 40 ans. Elle peut occasionner soit de l’hyperfonctionnement, soit de l’hypofonctionnement de la glande. Par exemple, des anticorps anti-glandulaires sont impliqués dans la thyroïdite d’Hashimoto, maladie caractérisée d’abord au Japon, il y a plus de 70 ans. Ce trouble évolutif se manifeste parfois par du goitre et de l’hyperthyroïdie, parfois par de l’hypothyroïdie. L’autodestruction semble fréquemment à la source de l’hypothyroïdie commune, du diabète juvénile, de la maladie d’Addison (hypofonctionnement des corticosurrénales) et de multiples autres troubles.

Les origines de l’autodestruction glandulaire et le diabète

Les spécialistes médicaux se perdent en conjectures sur le dérèglement immunitaire amenant la production d’anticorps contre nos propres organes. Les recherches sur le diabète juvénile fournissent une piste alimentaire à ces maladies.

Le diabète juvénile est caractérisé par la destruction complète des cellules pancréatiques sécrétrices d’insuline, avant l’âge adulte. Le corps ne produit plus de cette hormone essentielle pour réguler la glycémie (glucose sanguin), par exemple lorsqu’elle s’élève à la suite d’un repas. Or la présence d’anticorps destructeurs de ces cellules est connue depuis plusieurs années, sans qu’on sache comment ils apparaissent.

Les travaux des Dr J. Karjalainen (1), E. Savilahti (2), TR Neyestani (3) et d’autres chercheurs ont permis de faire le lien direct avec la consommation de lait de vache. Le système immunitaire perçoit une protéine du lait de vache comme envahisseur et suscite des anticorps contre cette protéine, l’albumine bovine. Le problème est qu’une portion de l’albumine bovine ressemble à une portion des protéines situées sur les cellules insulino-sécrétrices du pancréas. Ces anticorps attaquent les cellules insulino-sécrétrices de notre corps les unes après les autres, jusqu’à l’apparition des symptômes du diabète. À ce moment, il est malheureusement trop tard, il ne reste déjà plus de cellules insulino-sécrétrices.

Ce processus semble lié au lait, non au yogourt ni au fromage. Les transformations que l’on fait subir au lait (pasteurisation, homogénéisation…) y seraient pour quelque chose, un lait dénaturé pouvant sensibiliser le système immunitaire au niveau de la muqueuse intestinale (4). Le lait cru, parce qu’intact, n’amènerait pas ce problème. Les individus ayant une histoire familiale de diabète sont plus à risques. Il y aurait donc un lien génétique dans le risque à consommer du lait transformé.

Que d’émotions !

Le diabète juvénile survient parfois après un choc émotif. J’ai connu des gens devenir soudainement allergiques au lait suite à un divorce. Or les chocs émotifs peuvent altérer la muqueuse intestinale : plus poreuse, cette dernière laisserait passer indûment dans le sang des protéines alimentaires non digérées qui feraient réagir le système immunitaire. Cette idée se voit de plus en plus accréditée (4). Ce mécanisme expliquerait d’autres cas d’allergies alimentaires apparues après des chocs émotifs.

D’autres troubles que le diabète

Les diabétiques juvéniles développent plus souvent des processus auto-immuns touchant d’autres glandes comme la thyroïde, les surrénales, etc. ainsi que d’autres organes tels l’estomac. Ces associations sont connues depuis longtemps (5). Justement, l’élimination des produits laitiers peut corriger un trouble d’hypothyroïdie, ce que moi-même et d’autres avons observé.

Contrairement au diabète juvénile, qui ne se manifeste que lorsqu’il est trop tard, la destruction auto-immune de la glande thyroïde entraîne des symptômes d’hypothyroïdie bien avant que la glande ne soit complètement détruite, du moins chez bien des gens.

Les symptômes peuvent être la fatigue, le gain de poids, la frilosité, la lenteur d’action, la constipation, la perte de cheveux, etc. Les patients atteints se verront habituellement prescrire une médication de substitution, le Synthroid. Il vaut la peine d’essayer l’élimination complète des produits laitiers (ou d’autres aliments, lesquels ?), car la glande est peut-être encore active. Si la dose prescrite de Synthroid est de modérée à faible, il y a indication que la glande peut-être encore active. Souvent, les individus atteints n’aiment pas le lait. Ils manifestent souvent une constipation opiniâtre.

Des anticorps anti-ovariens sont également mesurés dans le sang de femmes souffrant de troubles menstruels. Là encore, j’ai remarqué que l’élimination des produits laitiers peut donner de bons résultats, surtout si le foie est remis en ordre. Deux médecins français documentent aussi cette association avec le lait dans leurs livres (6, 7).

Pour ceux qui veulent approfondir le sujet de l’autodestruction glandulaire, un article scientifique technique sur les polyendocrinopathies a été écrit par A. Muir et N.K. Maclaren (8). On n’y traite pas d’alimentation, le milieu médical étant encore peu porté à regarder dans cette direction pour le moment.

Le lait transformé et ses dérivés semblent impliqués. Il ne faut pas se surprendre de ce que le lait soit souvent mentionné, compte tenu de son très grand pouvoir. En effet, il est notre départ dans la vie. Il a donc la possibilité d’influencer nos organes comme aucun autre aliment ne peut le faire. Il est logique de penser que sa mauvaise utilisation, par exemple la transformation du lait, ait d’énormes conséquences.

Par contre, j’ai volontairement mentionné ci-haut la thyroïdite d’Hashimoto, justement pour amener ici que d’autres facteurs susciteraient des anticorps anti-glandulaires. En effet, ce trouble a été caractérisé au Japon bien avant que ce peuple ne se mette à consommer des produits laitiers à partir de 1950, à l’exemple des Étasuniens. Ces autres facteurs causaux seraient les attaques virales (8), l’altération de la muqueuse intestinale (mauvaises habitudes alimentaires, stress) ayant rendu le système immunitaire sensible à d’autres aliments, etc.

Références bibliographiques

  • Karjalainen, J. 1992. New Engl J Med, 327 : 302-7
  • Savilahti, E. 1993. Diabetes Care, 16 : 984-9
  • Neyestani TR, 2004. Diabetes Nutr Metab. 17 : 76-83
  • Roth-Walter, F. 2008. Allergy 63 :882-890
  • Riley, WJ. 1981, J Pediatrics, 99: 350-4
  • Le Berre, Nicolas. 1990, Le lait : une sacrée vacherie ? Éditions Équilibres, Flers, France
  • Nogier, Rafaël.1994, Ce lait qui menace les femmes, Éditions du Rocher, Monaco
  • Muir, A et Maclaren, NK. 1991, Endoc Metab Clinics North Amer, 20: 619-644.
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Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

8 commentaires
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    Suzanne Gobeille
    Publié à 21:44h, 07 mars Répondre

    Merci pour cette intéressante article .J’ai hâte de te revoir !
    Je vais être présente vendredi avec Françoise Laramé à l’expo manger santé .J’espère qu on pourra se voir .à bientôt!
    Passe une excellente semaine!

    Suzanne xx :)

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    Annick Guenette
    Publié à 00:31h, 28 juillet Répondre

    Quel texte éclairant.. merci! Pourquoi la médecine d’aujourd’hui (nos médecins) ne tient jamais compte de l’alimentation?!?

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    Murielle Simoneau
    Publié à 06:25h, 05 juillet Répondre

    Je viens juste de me faire oter la glande thyroide ca fait une semaine. Je voudrais savoir sur l alimentation ce que je pourrais faire pour manger les bonne choses. Ce qui est bon pour ma sante… j’ai 55 ans je fais aussi de l’artrose…

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    Karine
    Publié à 14:32h, 08 novembre Répondre

    incroyable,…mes freres et soeurs et moi même avons tous une intolérance au lait,..nos enfants aussi,..les manifestations et tous ce qui est décrits dans cet articles concordent!!! merci je vais revoir l’idée que le lait est supposément bon pour moi!

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    Jeanne
    Publié à 15:13h, 10 août Répondre

    Quand vous parlez de lait, cela comprend-il tous les laits ou seulement le lait de vache? J’ai justement des anticorps qui s’attaquent à ma thyroide et selon les médecins il n’ y a rien a faire a part d’attendre de faire de l’hypothyroïdie et de suivre une traitement (levothyrox)

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    Rachel
    Publié à 12:13h, 15 janvier Répondre

    Je mange des céréales pour déjeuner. Est-ce que le lait d’amande est indiqué car je prends syntroid 0,88 le matin? J’ai lu que le lait de soya n’était pas approprié? Merci

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    Bleirad
    Publié à 12:09h, 10 juillet Répondre

    Merci pour cette information. Je pense qu’effectivement notre alimentation est primordiale en matière de santé. Je suis en « instance » d’hypothyroïdie d’Hashimoto car mes taux d’AC et de TSH ne sont pas encore assez élevés pour un traitement…ce qui ne saurait tarder dixit ma médecin généraliste. Pour elle rien à faire en attendant. J’aimerai tout de même savoir s’il n’y a pas moyen d’enrayer ou freiner le processus d’autodestruction, notamment par l’alimentation: laquelle? car il est difficile de se nourrir d’algues..;Je suis végétarienne depuis 40 ans et je n’ingère plus de lait ni de yaourts au lait de vache, un peu de fromage de temps en temps, ayant remplacé par des produits « laitiers » au soja et du tofu depuis une dizaine d’années…..
    Merci de votre réponse

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    Elisabeth
    Publié à 03:05h, 20 novembre Répondre

    Bonjour, plus aucun produits laitiers ni lait depuis 20 ans, 3 ans sans gluten et thyroïdite Hashimoto quand même !!! Avec goitre et nodules, opération envisagée d’ici 1 an, que changer dans mon alimentation ? Cet article ne parle que du lait ! Je commence le lait d’or aujourd’hui. Ma TSH est limite hyper T3 et T4 OK par contre les anti-corps ne sont pas top ! Merci de votre réponse

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