Manger bio pour réduire sa contamination aux pesticides

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* Article originalement publié sur covivia.com

Il faut tout d’abord être conscient que les pesticides (fongicides, herbicides, insecticides) sont des poisons conçus pour tuer les organismes vivants (champignons, végétaux, insectes) qui interfèrent avec les cultures!

Je signais récemment un texte intitulé Manger bio pour la différence en réaction aux propos démagogiques proférés à l’émission Tout le monde en parle du 27 novembre par le pharmachien qui en a remis lors de son émission « Les aventures du pharmachien » diffusée le 9 décembre sur ICI Explora…

Je poursuis donc sur ma lancée, cette fois en traitant des pesticides que monsieur Bernard juge inoffensifs pour la santé. Ma position est toute autre.

Les pesticides tuent

À priori, il est naturel de croire que des substances qui ont comme fonction première de supprimer des insectes, des végétaux ou des champignons peuvent être potentiellement dangereuses pour la santé des humains qui en consomment, même à des doses infimes. Il m’arrive parfois de faire des présentations à des enfants et je leur demande s’ils trouvent que c’est une bonne idée de vaporiser des poisons sur la nourriture. Jamais on ne m’a répondu par l’affirmative. Ça m’étonnera toujours qu’on puisse penser le contraire, encore plus qu’on puisse diffuser ces faussetés sur les ondes d’une télévision publique. L’état n’a-t-il pas comme fonction première de protéger ses citoyens?

Les problèmes avec les pesticides sont multiples : à la base, leur homologation manque de rigueur, l’évaluation de leur innocuité ainsi que les seuils acceptables déterminés sont aléatoires et enfin, les analyses effectuées pour vérifier la présence des pesticides dans les aliments présentent des lacunes.

Une homologation douteuse

Depuis plus de trente années maintenant que je m’intéresse à l’homologation des pesticides et que j’observe un tendancieux copinage entre les gouvernements, ses agences et l’industrie. Déjà dans les années 70, la Industrial Biotest responsable des analyses en vue de l’homologation de pesticides pour 36 fabricants a été reconnue coupable de falsifications de données relatives aux ingrédients actifs contenus dans plusieurs centaines de produits encore en usage aujourd’hui. Il est apparu que les deux tiers des études réalisées par cette compagnie n’étaient pas valables.

Plus récemment, le 20 décembre dernier, Louise Hénault-Éthier écrivait dans La Presse :

« La commissaire à l’environnement du Canada a porté des blâmes sévères à l’endroit de Santé Canada pour l’homologation conditionnelle de 80 produits qui n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation rigoureuse. Neuf d’entre eux étaient en marché depuis plus de dix ans! L’un d’eux, l’imidaclopride, sera prochainement banni au Canada non pas en réparation d’une homologation bâclée, mais bien parce que les études qui auraient dû être prises en considération il y a une décennie démontrent qu’il est très nocif pour la chaîne alimentaire et qu’il est maintenant omniprésent dans notre environnement. »

Ce sont les compagnies qui sont responsables de fournir au gouvernement les données nécessaires en vue de l’homologation d’un nouveau pesticide. Or, Santé Canada n’exige aucune contrevérification indépendante des études conduites par les sociétés agrochimiques pour faire approuver les pesticides et les OGM.

Comment faire confiance à un tel système ?

Des seuils de tolérance inappropriés

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De nombreux spécialistes s’entendent pour dire qu’il est extrêmement difficile d’établir des seuils sécuritaires pour les résidus de pesticides. Claude Aubert, agronome français, avertissait déjà en 1977 dans son livre L’agriculture biologique — Pourquoi et comment la pratiquer, que :

« il s’agit d’effets à très long terme, pour lesquels les liens de cause à effet sont extrêmement difficiles à établir. »

Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec, affirme que :

« Ce n’est pas parce qu’un gouvernement a légiféré sur un seuil acceptable pour un pesticide qu’il fait consensus dans la communauté scientifique et qu’il prévient toute forme de risque. »

Les seuils de tolérance sont établis en fonction d’un individu de poids moyen pratiquant un régime standard. Qu’en est-il des enfants et des végétariens? Selon le Center for Ecogenetics and Environmental Health de l’Université de Washington, les fœtus, les bébés, les jeunes enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent sont plus à risque de connaître des problèmes de santé à la suite de l’exposition aux pesticides.

Les normes par exemple sont établies pour un fruit, mais qu’en est-il pour la consommation de plusieurs fruits ou encore de jus de fruit? Qu’en est-il de l’effet de synergie de plusieurs pesticides puisque sur un même fruit, on peut déceler des résidus de plusieurs pesticides? Qu’en est-il des effets à long terme pour lesquels aucune étude n’est réalisée?

Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l’Université de Montréal, déplore que les effets cumulatifs des pesticides ne soient pas considérés dans les normes. Onil Samuel précise que :

« la toxicologie moderne n’est pas équipée pour calculer les risques des interactions entre les pesticides. »

Et Sébastien Sauvé d’ajouter :

« La science ne peut pas départager ça en ce moment. Il y a des cas où deux pesticides sous les normes sont en synergie et l’impact est plus grand. Je dis toujours à mes étudiants qu’en termes de toxicité, 1+1 = 4. »

Une surveillance inadéquate

Même si on tente de nous faire croire que les agences gouvernementales surveillent et analysent régulièrement les aliments commercialisés, rien n’est plus faux. Très peu d’analyses sont effectuées et ces analyses, lorsqu’elles sont conduites, ne peuvent repérer la totalité des pesticides utilisés en agriculture. Même si on affirme au gouvernement que les taux de conformité sont au-delà de 95 %, les résultats diffusés par l’organisme américain Pesticide Action Network sur leur site www.whatsonmyfood.org diffèrent considérablement.

Par exemple, on apprend que 67 % des brocolis analysés sont contaminés par l’imidaclopride, que 55 % des fraises le sont par le tetrahydrophtalimide et enfin que 82 % des pommes contiennent de la diphénylamine, 81 % du thiabendazole et 75 % du pyriméthanil.

Au Québec tout récemment, sur 22 échantillons de raisins importés testés dans le cadre du Plan de surveillance des contaminants chimiques du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), 19 dépassaient la limite permise pour le methoxyfenozide.

Par ailleurs, je n’ai jamais entendu dire que des aliments avaient été retirés de la circulation parce qu’ils ne répondaient pas aux normes! Pas trop rassurant tout ça!

Les choux-fleurs tout comme les autres brassicacées sont la proie de nombreux ravageurs dont la mouche du chou, le ver gris, la fausse-arpenteuse du chou, la piéride du chou et plus récemment la cécidomyie du chou-fleur; en agriculture conventionnelle, on les contrôle avec les molécules les plus toxiques produites par l’industrie. Photo par Yves Gagnon.

Les risques pour la santé

Même si une bonne partie des pesticides que nous ingérons sont excrétés par l’organisme, une partie s’y accumule, principalement dans les tissus adipeux et c’est là que le bât blesse.

L’Agence de protection de l’environnement américain (EPA) reconnait que 112 types de pesticides enregistrés aux États-Unis sont identifiés comme étant cancérigènes ou susceptibles de l’être. Des liens sont établis entre la présence de pesticides dans l’environnement et l’augmentation des risques de cancers du cerveau, du sein, de l’estomac, de la prostate et des testicules ainsi que de leucémie infantile.

Plusieurs pesticides chimiques sont d’importants perturbateurs endocriniens : jouant sur nos hormones, même à très petite dose, ils peuvent provoquer des effets en cascade pas seulement sur notre système immunitaire et sur notre système reproducteur, mais aussi sur notre humeur et nos facultés intellectuelles.

L’EPA estime que les pesticides appliqués sur les aliments causent jusqu’à 60 000 cas de cancer par année uniquement aux États-Unis.

De son côté, l’auteur de Pesticides, Le piège se referme, le Français François Veillerette relie les pesticides à différentes formes de cancer dont celui de l’estomac, du cerveau, de la prostate, de la vessie, au lymphome non hodgkinien, à la maladie de Parkinson, à la perturbation du système endocrinien, à la baisse de fertilité masculine et au dysfonctionnement du système immunitaire caractérisé par une hausse alarmante des cas d’allergie et d’asthme chez les enfants.

Selon l’Académie américaine des sciences, la principale source d’exposition aux pesticides est l’alimentation. Elle peut donc être en grande partie évitée en optant pour une alimentation biologique, comme le démontre une étude publiée en 2006 dans Environmental Health Perspectives.

Dans le cadre de cette recherche, des scientifiques ont mesuré les résidus de pesticides organophosphorés présents dans l’urine d’enfants américains âgés de trois à onze ans. Lorsque les enfants étaient nourris avec des aliments conventionnels, des résidus de pesticides étaient détectables dans 91 % des échantillons d’urine. Cinq jours après que ces enfants soient passés à une alimentation principalement biologique, les résidus de pesticides dans leur urine s’avéraient non détectables ou quasi non détectables.

Par ailleurs, des analyses réalisées en France pour le compte de la revue Les Quatre Saisons du jardinage indiquaient qu’une mère qui consomme 80 % d’aliments biologiques ou plus dans son alimentation aura trois fois moins de résidus de pesticides organochlorés dans son lait qu’une mère qui en consommerait moins de 40 %.

Qu’en est-il avec le bio?

En agriculture biologique, le contrôle des organismes nuisibles est tout autre. Dans un premier temps, ce sont toujours les mesures préventives qui sont privilégiées. Lorsque celles-ci ne donnent pas les résultats escomptés, les modes de contrôle les plus doux et les moins néfastes pour l’environnement et les aliments produits sont employés en premier lieu.

Ainsi pour contrôler les mauvaises herbes, on favorise l’équilibre minéral du sol, on pratique la rotation des cultures, on intervient par binage et sarclage, manuel ou mécanique et par l’application des paillis. Pour enrayer les maladies fongiques, on favorise la circulation d’air, on traite avec des purins ou des décoctions de prêle, on vaporise des solutions de bicarbonate de soude, de lait ou de soufre.

Enfin, pour neutraliser les ravageurs, en plus des techniques de rotation et de compagnonnage, on applique des répulsifs à base de plantes et on traite avec des biopesticides non rémanents comme le savon insecticide, le Bacillus thuringiensis, un insecticide bactérien, ou du pyrèthre, un insecticide végétal.

Olivier Bernard, dans sa vindicte pour dénigrer l’agriculture biologique a fait état, dans son émission du 9 décembre, des liens établis entre la maladie de Parkinson et la roténone, un insecticide végétal employé en culture biologique jusqu’à la diffusion des résultats de l’étude américaine faisant état du lien entre l’insecticide et la maladie. Or, bien que la roténone multiplie par 2,5 les risques pour son utilisateur de contracter la maladie, elle n’est pas dommageable pour le consommateur, car l’insecticide révèle une rémanence très faible. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui l’a placée dans les produits utilisables en bio, jusqu’à ce que l’étude américaine établisse son lien avec le Parkinson. Conséquemment, la roténone fut totalement interdite en Europe à partir de 2012 et son usage est devenu restreint au Québec ce que m’a confirmé Pierre Sallafranque, consultant en certification biologique.

J’aimerais conclure en déclarant que nous sommes libres de choisir notre parcours : un chemin qui mène à la vie ou un autre qui mène à la mort. Mon choix est fait depuis longtemps. Et si Hippocrate affirmait que nos aliments doivent être nos médicaments, on peut aussi prétendre qu’ils peuvent creuser notre tombe.

Lors de l’Expo Manger Santé, Yves Gagnon présentera deux conférences intitulée Manger bio — pour la différence, la première à Québec, le dimanche 19 mars à 14 h 30 et la seconde, à Montréal, le dimanche 26 mars à 13 h.

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Yves Gagnon
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Après une formation en hôtellerie, Yves Gagnon s’est installé en 1980 à Saint-Didace où il a créé Les Jardins du Grand-Portage. Avant tout jardinier, il partage sa passion pour l'alimentation et l'écologie par l’écriture d'articles et de livres en plus de donner des formations et des conférences en jardinage écologique. II a collaboré pendant 10 ans à l’émission La Semaine Verte de Radio-Canada.

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