Se désintoxiquer par l’ayurvéda, 2e partie

Se désintoxiquer par l’ayurvéda

Voyons ici comment évaluer la nécessité d’entreprendre une cure de désintoxication, comment estimer l’ampleur des moyens nécessaires pour préserver la santé et discutons des choix à prioriser ou même à éviter parmi l’éventail des bonnes habitudes à adopter et des cures à entreprendre.

Dans la première partie de cet article, nous avons abordé l’alimentation envisagée par l’ayurvéda de façon à minimiser l’accumulation de toxines et de substances non-métabolisées, notamment en favorisant la prédominance des saveurs amère et piquante.

Nous avons également mentionné certains traitements ayurvédiques et quelques plantes médicinales pouvant accélérer et bonifier les processus d’élimination, de nettoyage et de régénération naturels de l’organisme.

Évaluer le degré de toxicité

L’observation des signes vitaux et des symptômes énumérés ci-dessous indique une accumulation de toxines chez un individu. Par ailleurs, une rapide investigation au sujet du mode de vie et de l’alimentation d’une personne nous permet d’estimer rapidement son degré de toxicité actuel.

Signes vitaux observables :

  • Sclère (le blanc de l’œil) jaunie près de la conjonctive et taches jaunes sur l’iris
  • Sang épais et visqueux lorsque l’on examine le pouls
  • Odeurs corporelles fortes et déplaisantes
  • Cernes bouffies et foncées
  • Mucus, urine et selles particulièrement odorants, visqueux, colorés, et opaques

Symptômes apparents :

  • Somnolence, fatigue, lourdeur, faible libido
  • Immunité faible, infections récurrentes
  • Mauvaise digestion des graisses et des « toxines » comme l’alcool et la caféine
  • Gaz et distension abdominale, constipation
  • Phénomènes inflammatoires
  • Reflux gastriques
  • Parfois un goût acide, métallique ou piquant en bouche

Causes évidentes :

  • Alimentation de mauvaise qualité
  • Quantités trop grandes de nourriture
  • Prédominance de lipides et protéines dans l’apport calorique (acide urique)
  • Polluants chimiques dans la nourriture et l’environnement, métaux lourds
  • Émotions fortes : peur, stress, colère, culpabilité, peine, désespoir
  • Consommation régulière de drogues, cigarettes et autres intoxicants
  • Consommation régulière de médicaments de synthèse

Évidemment, la multiplication et l’intensité de ces indices reflète l’ampleur des conséquences de la toxicité chez une personne, ce qui nous guide dans le choix des soins à entreprendre.

Attention à la ré-intoxication !

Une bonne connaissance de la médecine naturelle est nécessaire pour se désintoxiquer de manière efficace et sécuritaire, n’hésitez pas à consulter un(e) spécialiste médecine naturelle pour vous guider personnellement. Un usage éclairé des cures, des jeûnes et des soins de désintoxication évite de remettre soudainement en circulation plus de toxines que le corps ne peut gérer.

Une cure de foie trop rapide peut provoquer des crampes et des douleurs, des étourdissements, des maux de tête, de la diarrhée. Une cure de rein trop intense peut provoquer la polyurie et l’hypertension ou irriter les reins. La ré-intoxication provoque des symptômes parfois plus graves : arthrite, eczéma, éruptions cutanées, étourdissements, faiblesse, diarrhée ou acidose.

Certaines précautions s’imposent :

Avant une cure, éliminer la majorité des sources de toxines et s’assurer que les organes d’élimination sont fonctionnels, principalement le foie et les reins. Un à deux mois avant une cure, administrer en infusion ou en concentré liquide des toniques du foie et des reins comme l’aigremoine, la feuille d’ortie, la racine de pissenlit et/ou de bardane et le manjishta.

Surveiller les signes d’excès de froid, de sécheresse, d’émaciation, de tremblement ou de tout autre symptôme associé au principe « vata » en ayurvéda. Les personnes au poids corporel inférieur à la moyenne, à la peau sèche et au tempérament nerveux sont prédisposées à de tels excès. Elles doivent faire preuve de prudence avec les procédures de purification et les privations de nourriture.

Les personnes intoxiquées de façon importante ou sur une période couvrant de nombreuses années ont besoin d’un protocole personnalisé pour nettoyer leur organisme en profondeur à l’aide de toniques lymphatiques, de plantes altératives, de corps gras et de fibres pour capturer efficacement les toxines.

Le type de jeûne doit être choisi en fonction de l’importance des objectifs à atteindre, des capacités physiques et des habitudes de vie de la personne. Sauter volontairement un repas par semaine sera une résolution raisonnable pour un cas donné, alors qu’en d’autres circonstances on suivra plutôt une cure de jus prolongée sans nourriture solide, voir même un jeûne intégral.

Pendant un jeûne prolongé où l’on ne boit que de l’eau, prévoir une source minimale de minéraux et d’oligo-éléments pour ne pas que le corps se dégrade et se déshydrate : un peu d’ortie, de plantain, de jus de citron ou de sirop d’érable foncé feront l’affaire.

Lors des jeûnes, en cas de perte de poids importante, s’assurer de l’apport d’un tonique des reins riche en minéraux (à l’aide du guduchi ou de l’ortie par exemple) afin de gérer l’acidité et les corps cétoniques générés par l’élimination des cellules adipeuses.

Désintoxication par le gras ?

L’ayurvéda remarque que les toxines sont mieux solubilisées dans les corps gras que dans les corps aqueux. Cela permet au gras de capturer davantage de toxines et surtout, de s’assurer qu’elles seront métabolisées par le foie plutôt que déplacée involontairement vers des tissus sains.

Certaines toxines ne sont pratiquement solubles que dans les corps gras :

  • Pesticides
  • Métaux lourds
  • Additifs alimentaires
  • Préservatifs chimiques
  • Matières plastiques
  • Autres polluants environnementaux

De plus, ceux-ci ont accès aux moindres racoins de l’organisme, là où le sang ne peut pénétrer :

  • Milieu intracellulaire
  • Kystes et hydrocèles
  • Liquide synovial à l’intérieur de la capsule des articulations
  • Cortez cérébral (barrière hémato-encéphalique)
  • Système lymphatique

En revanche, il faut s’assurer qu’une première étape de désintoxication a été effectuée car les corps gras demeurent difficiles à métaboliser par le foie et l’on veut éviter une surcharge lorsque le sang est saturé de toxines en circulation.

Désintoxication en quatre étapes

Ainsi, l’Ayurvéda procède en quatre actes pour mettre en scène le protocole de désintoxication :

  • 1. Une désintoxication initiale pour enlever la majorité des toxines en circulation, que l’on effectue en supportant le foie et les reins tout en minimisant les sources de toxines dans l’alimentation et l’environnement. Ce support doit être maintenu tout au long de la cure.
  • 2. Une collecte des toxines en profondeur à l’aide de plantes pour la désintoxication incorporées à un corps gras, une huile végétale ou du beurre clarifié (ghee). Les plantes seront choisies selon les propriétés médicinales nécessaires : toniques des reins, du foie, de la lymphe, alcalinisantes, antioxydantes et altératives. À cette étape, les sudations, les massages aux herbes sèches et autres traitements complémentaires viennent supporter le processus.
  • 3. Au besoin, prodiguer des traitements plus intensifs pour permettre ou faciliter l’élimination des toxines collectées : jeûnes ponctuels ou prolongés, vomissements induits (vamana) ou diarrhée induite (virechana), lavements intestinaux (basti) et nettoyage nasal (nasya).
  • 4. Prévoir une phase de récupération et de régénération (rasayana) ou l’on se repose tout en mangeant une nourriture concentrée en nutriments, saine mais plus riche que pendant les protocoles de désintoxication.

Pour en savoir davantage :

Bibliographie

(1) Enders, Giulia. Le charme discret de l’intestin, Actes Sud, 2015.

(2) Frawley, David et Lad, Vasant. La divinité des plantes, Turiya, 2004.

(3) Smith, Atreya. Ayurvedic Nutrition, CreateSpace, 2010.

(4) Smith, Atreya. Dravyaguna pour les occidentaux, CreateSpace, 2013.

Plus à propos de :
, , ,
Jonathan Léger Raymond
namaste@ayurvedarevolution.com

Thérapeute en ayurvéda et herboriste accrédité par la Guilde des Herboristes du Québec, Jonathan Léger Raymond est un thérapeute holistique spécialisé en ayurvéda, médecine traditionnelle de l'Inde. Il est co-fondateur du centre Espace Ayurvéda à Montréal et se consacre à présent à l'édification d'une plate-forme internationale de référence sur l'Ayurvéda et le mode de vie écologique: Ayurvéda Revolution.

2 commentaires
  • Audrée
    Publié à 01:09h, 15 mai Répondre

    Cet article m’ interpelle, je vis avec la polyarthrite rhumatoïde depuis 2 ans et je suis vraiment déçue de ce que la médecine traditionnelle a à offrir… Selon eux il n’existe aucun traitement, et ce que je dois prendre comme «médicament» aura des conséquences à long terme sur mes organes….La cause de cette maladie ne les intéresse pas, ils veulent simplement mettre mes défenses K.O. J’ai la conviction que mon système immunitaire n’est pas juste détraqué mais que quelque chose le fait réagir…il essaie en vain de me dire quelque chose! J’avais déjà remarqué que les journées où je mangeais très peu tout en buvant de l’eau citronnée me redonnait de l’énergie et diminuait la douleur. Donc je me demande si d’après vous cette médecine Ayurvédique serait une bonne piste à envisager? Existe-t-il des précédents d’amélioration avec ce type de maladie auto-immune? Est-ce vraiment incurable selon cette pratique traditionnelle?

  • Nicolas
    Publié à 20:37h, 28 mai Répondre

    C’est très intéressant, mais malheureusement quasiment rien d’ayurvédique au sens traditionnel, mais plutôt de la naturopathie, hygiénisme, physiologie occidentale…

Écrire un commentaire