Le lait prématernel

Le lait prématernel

On recommande, de façon générale, de consommer de bonnes quantités de calcium. C’est également le cas lors de la grossesse et de l’allaitement : autour de 1000 mg par jour. Mais doit-on effectivement accorder une attention particulière à ce minéral ?

Très riches en calcium, les produits laitiers sont fortement conseillés pendant la grossesse et la période d’allaitement, deux situations semblant bien exigeantes en calcium pour la mère.

Le fœtus prélève d’importantes quantités de calcium qu’il déposera dans sa masse osseuse en rapide croissance. Après la naissance, le nouveau-né continuera à puiser dans les réserves qu’a faites sa mère au travers du lait qu’elle lui donnera. C’est ce qui fait dire à certains : « Quel aliment donnerez-vous à votre enfant à la naissance ? Du lait ? Alors, commencez pendant la grossesse ! »

Faut-il tant de calcium ?

On veut par ces recommandations prévenir les complications reliées à une éventuelle carence pour l’enfant, ainsi qu’une fragilisation des os de la mère survenant plus tard, l’ostéoporose. Selon une étude étatsunienne, les os des jeunes femmes perdraient jusqu’à 10% de leurs minéraux après 16 semaines d’allaitement, même si elles ingèrent 900 mg de calcium, la plus grande partie sous forme de produits laitiers. Il leur en aurait fallu jusqu’à 1600 mg pour maintenir leurs os (1).

Ce phénomène a été fréquemment souligné dans les années 1980. Or la grossesse ne semble pas menacer les réserves minérales de la mère : les femmes des pays du tiers-monde enfantent et allaitent beaucoup plus qu’ici sans préjudice apparent pour leurs os (peu d’ostéoporose), bien au contraire, tout en consommant nettement moins de calcium que selon nos recommandations (2).

Il y a de quoi y perdre son latin. Comment les femmes de ces pays font-elles, alors que dans les pays fortement industrialisés, les femmes développent plus d’ostéoporose malgré tout le calcium qu’elles ingèrent ? Grossesse et allaitement entraînent-ils plus tard l’ostéoporose chez la mère ?

Bien malheureusement, on met l’accent sur les besoins apparemment élevés en calcium et on se laisse impressionner par des études comme celle de Chan (1). Mais d’autres études démontrent que même dans nos pays, la grossesse et l’allaitement n’entraînent pas l’ostéoporose plus tard, et que même ils en protègent. Pour le prouver, j’avais effectué un relevé systématique de toutes les recherches sur le sujet menées à la grandeur de la planète et publiées entre les années 1960 et 1992, en un tableau comprenant plus de 60 études, présenté dans deux ouvrages de 100 pages au total (3). Or, au travers de ces données claires se démarquaient trois études associant grossesse et allaitement à l’ostéoporose chez la mère, toutes réalisées dans des pays industrialisés. Serait-ce que l’alimentation industrielle nuit aux os? Certains proposent que ce soit la surconsommation de produits laitiers qui vienne saboter les choses.

Nous insistons donc trop sur le calcium. Il est essentiel, oui, mais il est, somme toute, un déterminant faible de la santé des os (4). En situation de sous-alimentation (de calories, de protéines, etc.), un fort apport de calcium protège en partie la femme enceinte contre l’hypertension de la grossesse (5). Cette donnée a servi avec d’autres à justifier des recommandations élevées en calcium. Il n’en faut pas de grandes quantités, mais il s’avère protecteur chez celles qui s’alimentent trop peu ou mal. Parce que fortement transformée et envahie de produits chimiques, l’alimentation industrielle peut être comparée à de la sous-alimentation, ce qui complique un état de santé déjà compromis par notre manque d’activité physique.

On est bien loin derrière de nombreux peuples, par exemple les Vietnamiens, qui mangent sainement. D’autre part, un supplément de calcium risque d’entraîner l’anémie en faisant compétition au fer. Quant à l’enfant, il semble très bien se débrouiller (4).

Les os aussi doivent faire de la musculation

Selon les recherches, il semble plutôt que les réserves minérales des os se refassent dans les mois suivant l’allaitement. On comprend mieux en comparant avec le don de sang qui, on le sait, stimule la synthèse de nouveau sang. Ces périodes répétées de déminéralisation que sont les grossesses et l’allaitement stimuleraient même la reconstruction des os jusqu’à protéger l’ossature de la mère (4). C’est comme ça depuis des millions d’années : il semble bien que, comme une bonne séance d’entraînement épuise temporairement, la grossesse et l’allaitement, en exigeant des efforts accrus à tout l’organisme de la mère, le remettent en forme à chaque naissance.

Repenser la transformation du lait

De nombreuses femmes ont eu d’excellentes grossesses sans prendre aucun produit laitier. C’est courant dans le monde, citons la Chine, alors que l’apport en calcium y est inférieur aux 1000 mg recommandés.

En lisant les manuels de nutrition et de diététique, une autre constatation s’impose : les produits laitiers, comme ils sont consommés actuellement, sont parmi les aliments les plus susceptibles d’entraîner allergies et intolérances. La grossesse et l’allaitement risquent donc d’en être affectés également, compte tenu que ce sont des périodes particulièrement « sensibles » pour le corps.

La liste s’allonge : différents troubles sont également associés à ces produits laitiers, dont des troubles hormonaux (3). Prenons l’exemple des crampes musculaires qui surviennent surtout dans la deuxième moitié de la grossesse : réduire la consommation de lait de vache peut soulager ces symptômes (6). L’hypertension de fin de grossesse, qui est soulagée par la prise de suppléments de calcium et de magnésium (5), ne pourrait pas quant à elle être parfois provoquée par les produits laitiers ? Il y a des observations à cet effet, qui ne sont toutefois pas rapportées dans la littérature scientifique.

La pasteurisation transforme et dénature plusieurs protéines du lait, dont la caséine et des protéines du lactosérum (petit-lait) comme la béta-lactoglobuline. Non seulement leur dénaturation perturbe-t-elle leur digestion, mais ces deux phénomènes combinés semblent en accentuer le potentiel allergène (7,8). Or plusieurs recherches associent le lait au diabète par des phénomènes immunologiques (9). Y a-t-il un lien avec les troubles hormonaux de la grossesse ? Faudra-t-il repenser notre façon de transformer le lait, qui est pasteurisé, homogénéisé, écrémé, désodorisé, pompé plusieurs fois, etc. ? Ce lait ne vaut certainement pas celui que nous ont donné nos ancêtres, il y a plus de 10 000 ans.

Plutôt que de déconseiller d’emblée les produits laitiers transformés à la femme enceinte ou allaitante, il serait d’abord préférable de les réduire à environ une portion par jour, tout en lui recommandant de soigner son alimentation, et même éventuellement en lui conseillant les produits au lait cru. Il est préférable d’avoir des apports suffisamment élevés de vitamine D que vous trouverez au soleil, dans les poissons et fruits de mer, le lait, les œufs et les viandes.

Il y a un avertissement particulier à l’allaitement: une partie des protéines du lait de vache que consomme la mère peut passer dans son propre lait. Il peut en résulter des coliques et des réactions cutanées chez le bébé (10). Les fruits de mer, le poisson, les noix, les œufs et le soya sont d’autres aliments susceptibles d’entraîner ce genre de troubles.

Références

  • Chan, G.M. et al 1987 Am. J. Clin. Nutr. 46 : 319
  • Hegsted, DM, 1986. J Nutr. 116 : 2316-2319
  • Vachon, C. 1996. Le lait : si bon pour la santé ?, et Le lait protège-t-il contre l’ostéoporose ? (www.bonlait.com)
  • Prentice, A. 2003. J Nutr 133 : 1693S-1699S
  • Rosso, P. 1990 Nutrition and metabolism in pregnancy. Mother and fetus. New York Univ. Press, pp 281-282
  • Page, E.W. et Page, E.P. 1953 Obstet. Gynecol. 1: 94
  • Roth-Walter, F et coll. 2008. Allergy, 63 : 882-890
  • Dupont. D et coll. 2010. Molec Nutr & Food Res. 54 : 1677-1689
  • Savilahti, E et coll, 1993. Diabetes Care. 16: 984-989
  • Borel, Y. 1991 Bibl. Nutr. Dieta 48: 55.
Dr Carol Vachon
vachoncarol@videotron.ca

Président de l'Association Manger Santé Bio de 1996 à 2000 et auteur du livre « Pour l'amour du bon lait », le Dr Carol Vachon est consultant en nutrition et diffuse des information sur son site Bon Lait.

2 commentaires
  • Annie Bazinet
    Publié à 13:16h, 11 janvier Répondre

    Pourquoi les produits laitiers sont-ils la seule avenue proposée quand de nombreux aliments contiennent de quantités de calcium beaucoup plus assimilables. Pensons simplement aux graines de sésame par exemple.

  • Carol Vachon
    Publié à 17:42h, 31 janvier Répondre

    Il se développe des clichés et croyances partout. C’est votre cas également, veuillez excuser d’être si direct. Je suis très aux aguets pour les mielles et en découvre tout le temps. Il faut prendre un recul, ce que la gigantesque machine extrêmement structurée qu’est le milieu scientifique n’arrive pas à faire, puisque nous avons passablement exclu notre INTUITION NATURELLE. Le lait et le calcium sont de beaux cas d’espèce, entretenu aussi par l’industrie. Et nous avons besoin de beaucoup moins de calcium que les supposés besoins. Meilleures salutations.

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