Le sol et les processus naturels de nutrition des plantes

2015, année internationale des sols

L’Assemblée générale de l’ONU a décrété l’année 2015, année internationale des sols. Ainsi, une certaine attention sera portée pour quelques mois sur cette mince couche de matière organique et minérale qu’on nomme terre arable et qui recouvre 9 % des terres émergées de la planète, des surfaces représentant au total 1,4 million d’hectares.

Or, cette terre arable de laquelle nous tirons notre subsistance diminue en surface sous l’effet de l’urbanisation, de l’érosion et de la désertification. Pire encore, cette matière fondamentale pour notre survie est de plus en plus contaminée par l’application croissante d’engrais de synthèse et de pesticides.

Sidéré je suis de constater à quel point on fait fi en agriculture moderne de la vie des sols, de plus en plus considérés comme un vulgaire support servant à porter des plantes modifiées génétiquement, nourries et protégées artificiellement, aux bénéfices des sociétés agrochimiques qui les brevètent et qui commercent les pesticides auxquels elles ont été adaptées.

Pourtant la terre réagit admirablement à une collaboration constructive avec le jardinier ou l’agriculteur, conscients de la vie du sol et des bénéfices qu’elle peut lui apporter sur le plan qualitatif et quantitatif. Par collaboration constructive, on entend un travail empreint de respect, de commensalisme, voire même de vénération.

« Après près de 40 ans d’agriculture biologique, je peux sans ambages affirmer que la terre profite d’une culture respectueuse et qu’elle dispose, lorsque traitée adéquatement, du potentiel de nourrir sainement les hommes et les femmes de la planète pour des siècles et des siècles. »

Les processus naturels de nutrition des plantes

Il faut comprendre qu’un sol sain est le siège d’un foisonnement biologique intense. Plus de 1 milliard de micro-organismes par gramme de terre : des protozoaires et des nématodes par centaines de milliers, des champignons et des actinomycètes par dizaines de millions et des bactéries par milliards.

2015 année des sols - pousse

Au contact de l’humidité et de la chaleur, la semence s’éveille. Dans un premier temps, la radicule apparait. C’est la germination. Des substances diverses sont alors sécrétées par la graine. Certaines attirent des micro-organismes utiles, d’autres repoussent les nuisibles. Déjà, à ce stade, la plante favorise dans son entourage racinaire la présence de souches microbiennes qui lui seront utiles tout au long de sa croissance.

Quelques jours plus tard, émerge du sol une tigelle au bout de laquelle de déploient les cotylédons. Commence alors une fonction vitale de la plante : la photosynthèse. Grâce à la chlorophylle présente dans son feuillage, la plante capte et utilise l’énergie solaire qui lui permet de transformer le dioxyde de carbone (CO2) de l’air en glucose qui devient la sève de la plante. Du feuillage, ce sucre simple amorce sa descente vers les racines par un canal nommé le phloème. La plante sécrétera alors par ses racines certains sucres et autres substances carbonées qui attireront près d’elles une multitude d’organismes vivants, principalement des bactéries qui en tirent leur subsistance. En échange, les bactéries prépareront pour la plante les divers éléments minéraux dont elle a besoin pour se développer. Par leur action enzymatique, elles solubilisent les éléments nutritifs présents dans les réserves organiques et minérales du sol et les mettent à la disposition de la plante sous forme d’ions minéraux assimilables, à un taux qui correspond à ses besoins, et ce, aux différents stades de sa croissance. Les ions sont absorbés par les poils absorbants des racines, se marient au glucose qui remonte vers les organes aériens pour former de nouvelles cellules. C’est ainsi que se développent les végétaux.

2015, année internationale des sols et les processus naturels de nutrition des plantes
L’avantage premier de cette étroite association entre les plantes et les bactéries réside dans la qualité de l’alimentation que prodiguent les bactéries aux végétaux. Si les bactéries trouvent dans le sol tous les éléments nutritifs nécessaires à une saine croissance de la plante, son alimentation sera équilibrée tout comme sa composition chimique. C’est ce qui confère aux aliments biologiques leur qualité gustative et nutritive singulière.

« On comprend qu’on n’a pas à intervenir directement dans la nutrition des plantes cultivées, mais plutôt dans la création de conditions favorables à une saine activité biologique ce qui fait dire aux tenants de l’agriculture biologique : on ne doit pas nourrir les plantes, mais plutôt nourrir la terre. »

Le jardinier et l’agriculteur doivent veiller à ce que le sol soit bien pourvu en matière organique, qu’il soit bien aéré, équilibré chimiquement et que son pH soit adéquat. Ces conditions sont atteintes par des interventions toutes simples : des apports réguliers de matière organique de qualité, l’atteinte d’un équilibre minéral du sol par l’apport si nécessaire d’engrais non solubles, la correction au besoin du pH par des apports de calcium sous forme de chaux ainsi qu’un travail du sol minimal et approprié.

« Le geste désespéré d’une agriculture agonisante »

Or, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’homme s’est plu à faire fi de la vie des terres cultivées et a initié une spirale infernale en introduisant dans le sol des éléments nutritifs directement assimilables par les plantes — engrais chimiques solubles — une approche qui est à l’origine d’une part importante des problèmes contemporains rencontrés en agriculture : déséquilibre chimique des végétaux cultivés, vulnérabilité accrue aux parasites, application croissante d’insecticides et de fongicides, résistance des insectes aux insecticides, contamination des sols, des nappes souterraines, des cours d’eau et des aliments produits, une réalité qui donne raison au docteur William A. Albretch (1888 — 1974), qui affirmait alors qu’il était président du département de pédologie à l’université du Missouri : « La pulvérisation de poisons n’est que le geste désespéré d’une agriculture agonisante. »

En cette année internationale des sols, il m’apparait fondamental de revoir toute notre façon de produire notre nourriture, car la preuve est dorénavant faite, que l’approche proposée par l’industrie nous condamne à la contamination croissante de notre environnement et de nos aliments et nous conduit allégrement à la maladie, à la souffrance et à la mort.

Champs de soja

Visionnez ici les magnifiques reportages sur les sols, « Le sol ce milieu de vie » et « La symphonie des sols », diffusés par l’émission « La semaine verte » de Radio-Canada.

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Yves Gagnon
info@jardinsdugrandportage.com

Après une formation en hôtellerie, Yves Gagnon s’est installé en 1980 à Saint-Didace où il a créé Les Jardins du Grand-Portage. Avant tout jardinier, il partage sa passion pour l'alimentation et l'écologie par l’écriture d'articles et de livres en plus de donner des formations et des conférences en jardinage écologique. II a collaboré pendant 10 ans à l’émission La Semaine Verte de Radio-Canada.

1 commentaire
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    Charles-Eugène Bergeron
    Publié à 13:05h, 20 avril Répondre

    2015 ANNÉE INTERNATIONALE DES SOLS.
    Quand pensons-nous à l’importance de la vie des sols? Des terres en santé sont essentielles à la production d’aliments sains. La qualité et la disponibilité de nos aliments dépendent des sols. Depuis l’après-guerre, nous utilisons des pesticides dangereux qui épuisent les sols et polluent l’environnement et la santé publique. Nos choix individuels et collectifs peuvent faire une différence. Exigeons des aliments sains et biologiques. Pour en savoir plus, consultez le site http://www.fao.org/soils-2015/fr/

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